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Pourquoi les ministres sortants ont-ils été limogés ?

Des observateurs font le lien avec plusieurs événements survenus récemment.

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Si le dernier remaniement gouvernemental a suscité autant d’interrogations sur les raisons ayant motivé les nouvelles nominations, notamment à la tête des ministères de l’Agriculture et de la Communication, il a également donné lieu à de nombreuses hypothèses et lectures concernant les ministres sortants et les raisons ayant conduit à la fin de leurs fonctions ou à leur limogeage.

Ces derniers jours, les débats étaient principalement centrés sur la démission du gouvernement de Sifi Ghrieb à la suite des élections législatives et la formation d’un nouveau gouvernement, conformément aux dispositions de la Constitution, qui ont laissé cette question à l’appréciation du président de la République, en faisant davantage une pratique politique qu’une obligation.

Mais le président de la République a finalement décidé, hier, de procéder à un remaniement ministériel. Les observateurs ignorent encore s’il est lié aux résultats des élections législatives et aux usages politiques, ou s’il intervient à la suite de dysfonctionnements constatés dans les secteurs concernés et ayant nécessité des changements à leur tête.

La décision a mis fin, du moins provisoirement, aux spéculations sur la formation d’un nouveau gouvernement et ouvert la voie aux analyses et aux hypothèses concernant les raisons ayant poussé le président de la République à mettre fin aux fonctions de certains ministres, tout en évitant un remaniement profond, comme cela était auparavant attendu dans certains milieux politiques.

Les observateurs ont ainsi établi un lien entre plusieurs événements récents et le départ de certains ministres, au premier rang desquels l’ancien ministre de l’Agriculture, Yacine El-Walid, qui avait bénéficié de la confiance du président de la République depuis son arrivée au pouvoir fin 2019. Il s’était vu confier plusieurs portefeuilles ministériels, notamment celui chargé des Start-up, avant d’être limogé hier, dans un contexte marqué par plusieurs indices ayant précédé et laissé présager cette décision.

Parmi ces éléments figure notamment l’affaire liée à l’importation des moutons destinés à l’Aïd el-Adha, mission qui lui avait été confiée par le président de la République et qui a été marquée par des soupçons de corruption et de graves dépassements dans la gestion des fonds publics. À cela s’ajoute l’absence remarquée du jeune ministre lors de la catastrophe qui a frappé les Algériens dans la wilaya de Jijel la semaine dernière.

Depuis près de deux mois, des milieux proches du gouvernement faisaient circuler des hypothèses annonçant une possible fin prochaine des fonctions de Yacine El-Walid, sur fond de polémique autour de l’opération d’importation des moutons. Celle-ci avait fait apparaître, selon ces mêmes milieux, de graves dépassements et une gestion jugée aberrante de l’argent public.

Ces lectures s’appuyaient notamment sur le communiqué du procureur général près la cour d’Alger, qui semblait contenir des messages sur l’éventualité d’un élargissement de l’enquête judiciaire à des niveaux supérieurs. Le magistrat avait notamment affirmé que « la noblesse des intentions, aussi élevée soit-elle, ne confère à aucune partie, quelle que soit sa qualité ou sa position, une immunité contre toute responsabilité ».

Des observateurs estiment que ce communiqué pouvait être interprété comme un signal indiquant que les dépassements présumés avaient également pris une dimension verticale, laissant entendre l’existence de soupçons concernant l’entourage de hauts responsables du ministère. C’est également, selon eux, l’un des éléments susceptibles d’expliquer le limogeage.

Autre indice ayant alimenté les spéculations sur le sort de Yacine El-Walid : son absence au sein de la délégation ministérielle qui s’est rendue dans la wilaya de Jijel, durement touchée par les incendies, ainsi que son intervention tardive dans la gestion de la crise, près d’une semaine après son déclenchement.

Bouamama : un bilan jugé insuffisant à la Communication

Avec le jeune ministre, un autre nom figure parmi les membres du gouvernement sortants : celui de l’ancien ministre de la Communication, Zouhir Bouamama.

Il aura occupé pendant près d’une année le bureau situé dans l’immeuble du quartier des Sources, à la façade vitrée, après avoir été conseiller chargé des affaires politiques et des relations avec les jeunes, la société civile et les partis politiques à la présidence de la République. Auparavant, il était connu pour ses interventions en tant qu’analyste politique dans les chînes de télévision ainsi que pour son activité dans l’enseignement universitaire.

Aucune raison clairement établie n’a été avancée publiquement pour expliquer la décision de se séparer de ses services et de ses compétences. Toutefois, des observateurs du secteur des médias estiment que l’ancien membre du gouvernement n’a pas apporté de réelle valeur ajoutée au secteur depuis son arrivée au ministère.

Son directeur de cabinet, Fateh Boumerdjan, avait d’ailleurs été relevé de ses fonctions prématurément, une décision considérée à l’époque comme un signe annonciateur d’un changement prochain à la tête du ministère.

Les professionnels des médias ont également jugé le bilan du ministre très limité, estimant qu’il ne s’était pas distingué par des décisions ou des plans clairs et efficaces susceptibles d’améliorer la situation sociale et professionnelle précaire des travailleurs du secteur.

Certains professionnels lui ont également reproché de ne pas avoir suffisamment maîtrisé les différents rouages du paysage médiatique et de ses institutions essentielles, dont plusieurs demeurent absentes du terrain et même de la vision future du ministère, malgré ses compétences reconnues dans l’analyse et la lecture des questions politiques.

Saihi : les critiques sur le dialogue social

Ces appréciations négatives ont également concerné l’ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Abdelhak Saihi, dont le profil essentiellement administratif aurait, selon certains observateurs, limité sa capacité à gérer plusieurs dossiers à caractère politique.

Dans ce contexte, l’expert des questions sociales et du travail, Noureddine Boudriba, a critiqué l’ancien ministre pour une série de mesures prises durant son mandat.

Dans une publication sur sa page Facebook, Boudriba a notamment affirmé que Saihi avait refusé de répondre aux demandes visant à ouvrir un débat sur les principaux obstacles auxquels sont confrontés les syndicats depuis l’adoption de la loi n° 23-02 du 25 avril 2025 relative à l’exercice du droit syndical.

L’expert a également accusé l’ancien ministre d’avoir laissé passer une occasion importante de relancer le dialogue social en Algérie et d’avoir « ignoré les propositions de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) en date du 24 décembre 2025 ».

Il a estimé que ces propositions étaient réalistes et constructives, fondées sur un esprit patriotique, et qu’elles auraient pu constituer un point de départ pour renforcer la cohésion sociale et consolider le front intérieur dont l’Algérie a fortement besoin.

Toutes ces critiques ont ainsi accompagné les ministres sortants et ont fait l’objet de nombreuses discussions avant même l’annonce officielle de leur limogeage ou de la fin de leurs fonctions gouvernementales.

Elles ne sauraient toutefois, à elles seules, faire de ces anciens ministres des personnes définitivement responsables ou coupables, la décision politique de mettre fin à leurs fonctions ne constituant pas en elle-même une condamnation.