Société

Les incendies mettent les influenceurs à l’épreuve

Entre impact réel et création de contenu

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Par: Warda Nouri

Alors que Jijel continue de vivre au rythme des conséquences de la catastrophe, qui a fait des victimes ainsi que d’importants dégâts matériels et psychologiques, les réseaux sociaux se sont transformés en un vaste espace de solidarité et de soutien.

De nombreux influenceurs, en Algérie comme à l’étranger, ont rapidement exprimé leur soutien à travers leurs comptes et pages officiels, en contribuant notamment à des campagnes de collecte de dons et en tentant de se tenir aux côtés des familles sinistrées pour répondre à leurs besoins.

Si certains influenceurs ont choisi de transformer leur présence numérique en une véritable action sur le terrain, d’autres ont préféré se rendre dans les zones sinistrées, s’entretenir avec les habitants, prendre connaissance de leurs besoins et contribuer à l’organisation et à la distribution des aides.

D’autres, en revanche, ont choisi de faire de la catastrophe une occasion de se mettre en avant, à travers des scènes qui ont suscité une vive indignation parmi les internautes. Dans les commentaires, beaucoup ont souligné l’ampleur de la tragédie.

La polémique ne porte désormais plus uniquement sur la publication de photos ou de vidéos prises à Jijel, mais également sur le contenu de certaines publications et sur la manière dont certains influenceurs ont interagi avec les victimes, notamment lorsque des moments censés être consacrés au réconfort et au soutien se sont transformés en séances de tournage destinées à récolter des vues et des « likes ».

Quand l’influence devient une aide concrète

À l’inverse, d’autres exemples ont offert une tout autre image de ce que signifie réellement être influenceur.

Alors que certains étaient davantage préoccupés par le nombre de photos qu’ils pouvaient publier, d’autres se concentraient sur ce qu’ils pouvaient réellement apporter aux populations.

Parmi les initiatives ayant suscité des réactions positives figure celle d’un influenceur algérien établi en France, un coiffeur connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Karim Astuces.

Il a choisi de transformer sa solidarité virtuelle en une initiative concrète sur le terrain. Selon ses propres déclarations, il serait parvenu à collecter près de 1,75 milliard de centimes en seulement 24 heures, grâce aux contributions de membres de la communauté algérienne en France, avant de se rendre directement à Jijel pour constater la situation et participer à l’aide aux sinistrés.

Loin de toute mise en scène, l’influenceur a consacré une partie de ces fonds à l’achat de groupes électrogènes, tout en accordant des aides financières aux familles touchées, dépassant dans certains cas 100 000 dinars par famille, sans transformer la distribution en séances de photographie ou en contenu promotionnel.

Pendant quatre jours seulement, l’influenceur s’est déplacé dans plusieurs zones sinistrées, vêtu simplement et sans apparat protocolaire. Profondément marqué par les souffrances qu’il a constatées, il est ensuite retourné en France pour reprendre son activité de coiffeur, laissant le reste des fonds sous la supervision de personnes auxquelles il a confié le suivi de leur distribution et la poursuite de l’aide aux familles.

Cette initiative a ainsi alimenté le débat sur la véritable influence : doit-elle se mesurer au nombre d’abonnés et de vues, ou à la capacité d’une personnalité à transformer sa notoriété et ses relations en une véritable utilité pour la société ?

Des scènes qui provoquent l’indignation

À l’inverse, certains comportements ont suscité une vive colère sur les réseaux sociaux, notamment ceux donnant l’impression que la catastrophe n’était qu’un décor destiné à produire rapidement du contenu.

Des internautes ont notamment dénoncé le fait que certains influenceurs se filment avec des victimes ou des habitants sinistrés, dans des scènes jugées déplacées. Beaucoup ont estimé que l’attention était davantage portée sur l’image personnelle de l’influenceur que sur la souffrance des personnes qui devraient pourtant être au cœur de la visite.

Parmi les scènes ayant suscité le plus de moqueries et de critiques figure celle d’une influenceuse apparaissant dans une vidéo avec ses amies, toutes en train de rire, tandis qu’elle s’était couvert le visage de charbon, dans une tentative de se présenter comme étant au cœur des zones touchées par les incendies à Jijel.

Une scène qui était censée illustrer la solidarité s’est ainsi transformée, pour de nombreux internautes, en objet de critiques, ces derniers estimant que la souffrance des habitants ne saurait servir de décor à la création d’une image ou de moyen pour obtenir davantage de « likes ».

Jijel a besoin d’aide, pas de caméras

Les internautes ont également souligné que les influenceurs disposant de millions d’abonnés peuvent jouer un rôle considérable dans l’orientation de l’opinion publique, la mobilisation des dons et la transmission des besoins des sinistrés.

Ils ont notamment cité l’exemple d’une spécialiste de la cuisine algérienne établie au Royaume-Uni, connue pour ses recettes et qui a transformé son activité quotidienne en une véritable chaîne de solidarité, préparant des dizaines de repas conditionnés dans des boîtes destinées aux sinistrés, mais également aux personnes accueillies à Jijel.

Pour de nombreux internautes, Jijel n’a aujourd’hui pas besoin de davantage de caméras, mais plutôt de davantage de mains pour aider, de fonds qui parviennent réellement à ceux qui en ont besoin, d’initiatives capables d’alléger les souffrances des familles et de paroles susceptibles de redonner du courage à ceux qui ont tout perdu.

Car si les réseaux sociaux, les vues et les « likes » obtenus par tel ou tel influenceur peuvent finir par disparaître, les internautes estiment que la société, elle, n’oubliera pas ceux qui se sont réellement tenus aux côtés des populations lorsqu’elles avaient le plus besoin d’eux.