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« La position géostratégique de l’Algérie la place dans le viseur des réseaux de drogue »

Oussama Bouchmakh, professeur de sciences politiques et de relations internationales, à « El Khabar »

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Le professeur de sciences politiques et de relations internationales, Oussama Bouchmakh, estime que les importantes quantités de comprimés psychotropes saisies lors des récentes opérations de sécurité traduisent une pression croissante exercée par les réseaux de criminalité organisée sur le marché algérien.

Selon lui, les circuits de trafic de drogue sont généralement liés à des réseaux aux fonctions multiples, impliquant notamment le financement, le transport, le stockage et la distribution, avec des ramifications pouvant s’étendre à plusieurs espaces géographiques.

Il souligne que la position géostratégique de l’Algérie, à la jonction des espaces maghrébin, méditerranéen et sahélien, fait de la lutte contre ces réseaux un élément d’un dispositif plus large visant à protéger le territoire national et à empêcher qu’il ne devienne un espace de transit ou de distribution.

Oussama Bouchmakh considère que l’implication des services de sécurité de l’Armée dans le démantèlement de ce type de réseaux revêt une importance particulière, compte tenu de la nature de l’institution militaire algérienne et de son expérience accumulée face aux différentes formes de menaces sécuritaires.

L’Armée, explique-t-il, a développé au fil des décennies une importante expertise dans la lutte contre les menaces asymétriques, notamment le terrorisme, la criminalité organisée et les menaces transfrontalières, ainsi que dans la protection des infrastructures sensibles et la surveillance du territoire national.

Cette expérience opérationnelle et de renseignement constitue, selon l’universitaire, un capital institutionnel dont ne disposent pas nécessairement les autres armées au même niveau.

Il estime ainsi que l’intervention des services de sécurité de l’Armée dans le démantèlement des réseaux organisés de trafic de drogue traduit la capacité de l’institution à transformer cette expérience en outils préventifs de lutte contre la criminalité organisée.

Cette approche repose notamment sur la collecte et l’analyse des informations, le croisement des données, l’identification des ramifications des réseaux, le suivi de leurs circuits logistiques et financiers, puis le démantèlement de leur structure organisationnelle.

Pour le professeur, cette démarche témoigne d’un niveau élevé de professionnalisme sécuritaire, particulièrement face à des menaces à la croisée des dimensions criminelle, financière, frontalière et renseignement.

L’intégration de l’accusation de blanchiment d’argent dans les poursuites judiciaires confère, par ailleurs, une dimension financière importante à ce type d’affaires.

L’objectif des enquêtes, souligne Bouchmakh, ne devrait pas se limiter à la saisie des drogues et à l’arrestation des personnes impliquées, mais également viser l’assèchement des ressources financières des réseaux criminels.

D’un point de vue sécuritaire, le suivi des flux financiers peut constituer une clé pour remonter aux différentes composantes du réseau, à travers l’examen des transferts d’argent, des biens, des comptes et des revenus présumés issus des activités illégales.

Ce type d’enquête permet ainsi de passer du démantèlement de la partie opérationnelle du réseau à l’atteinte de sa structure économique, une approche jugée plus efficace face à la criminalité organisée.

Cette affaire montre également que la lutte contre les drogues et les psychotropes ne relève plus exclusivement du domaine sécuritaire, notamment lorsqu’il s’agit de produits pharmaceutiques détournés vers le marché clandestin.

Selon l’expert, la réponse doit reposer sur une coordination entre le renseignement sécuritaire, les enquêtes judiciaires, le contrôle des frontières, la surveillance de la chaîne de distribution des médicaments, la lutte contre le blanchiment d’argent et la coopération internationale.

Cette approche devient d’autant plus nécessaire que l’enquête pourrait révéler d’éventuelles ramifications à l’étranger.