Economie

Bordj Bou Arreridj: comment est née la « capitale de l’électronique » ?

Du « Made in Algeria » à la « création de valeur en Algérie »

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Si un endroit est associé dans la conscience industrielle algérienne à la fabrication électronique, c’est bien Bordj Bou Arreridj. Au cours des dernières années, la zone industrielle de la wilaya s’est transformée en un regroupement de plusieurs entreprises spécialisées dans les appareils électroniques et électroménagers, notamment « Condor », « Geant Electronics », « Cristor » et « Akrodim Media », ainsi qu’un certain nombre de petites et moyennes entreprises actives dans les industries électriques et électroniques.

« Geant Electronics »… une autre entreprise au cœur du pôle bordjien

Aux côtés de « Condor », « Geant Electronics » s’est imposée comme l’un des noms associés à la wilaya de Bordj Bou Arreridj. Fondée en 2005, l’entreprise opère dans le domaine de l’électronique et de l’électroménager et emploie plus de 2 500 personnes. Elle affirme également être présente dans 10 pays africains, tandis que sa direction vise une expansion vers l’Europe. Son siège et ses installations sont situés dans la zone d’activités de Bordj Bou Arreridj.

Lors de l’opération d’exportation lancée depuis Bordj Bou Arreridj en juillet 2025, « Geant Electronics » a expédié des produits électroniques vers la Tunisie à bord de 20 camions, ce qui la place parmi les entreprises qui commencent à passer de la satisfaction du marché local à la recherche de marchés extérieurs.

Quant à « Cristor », il s’agit également d’une entreprise spécialisée dans la fabrication, la commercialisation et le service après-vente des produits électroniques et électroménagers. Elle est implantée à Bordj Bou Arreridj et ses activités couvrent notamment l’électroménager, la réfrigération et la climatisation. La wilaya compte également d’autres entreprises, parmi lesquelles « Akrodim Media » et « Maxtor », spécialisée dans la fabrication et la distribution d’appareils électroménagers, dont le siège industriel se trouve dans la zone industrielle de Bordj Bou Arreridj.

Ainsi, l’histoire de Bordj Bou Arreridj n’est plus liée à une seule entreprise, mais s’apparente désormais davantage à un pôle industriel où se côtoient marques, usines, services logistiques, sous-traitants et main-d’œuvre spécialisée.

De Bordj Bou Arreridj à Sétif… un axe industriel à l'est
Toutefois, qualifier Bordj Bou Arreridj de « capitale de l’électronique » ne doit pas occulter une autre réalité : l’Est algérien est devenu dans son ensemble l’un des principaux pôles de l’industrie électroménagère et électronique en Algérie. La wilaya de Sétif occupe une place importante sur cette carte, notamment avec la présence des usines d’« Iris », de « Brandt » et d’autres entreprises.

La société « Iris », fondée en 2004, se présente comme une entreprise algérienne spécialisée dans la fabrication de produits électroniques et d’appareils électroménagers. Elle indique que son activité s’est développée, passant de l’électronique, de l’électroménager et des téléphones à un pôle industriel intégré. Elle figure également parmi les principaux producteurs de téléviseurs, son activité industrielle étant implantée dans la zone industrielle de Sétif.

Quant à « Brandt Algérie », elle possède un complexe industriel à Sétif consacré à la fabrication d’appareils électroménagers. Le groupe indique disposer d’un « parc industriel » en Algérie, à Sétif, en plus de ses sites à l’étranger.

En janvier 2024, l’entreprise a inauguré une nouvelle unité de fabrication de lave-vaisselle relevant de « Samha Home Appliance », dans la zone d’activités et de commerce de Halmat, dans la commune de Guidjel, au sud-est de Sétif. L’unité s’étend sur une superficie de 25 000 mètres carrés, pour un investissement de 3,6 milliards de dinars et une capacité de production pouvant atteindre 500 000 lave-vaisselle par an. Le taux d’intégration annoncé à l’époque par le ministre était de 70 %. Ainsi, Sétif et Bordj Bou Arreridj, mais aussi Annaba, à travers la société « Railane », constituent dans l’Est du pays un espace industriel rapproché regroupant plusieurs des plus grands noms de l’électronique et de l’électroménager.

Sidi Bel Abbès… l’école publique de l’électronique

Dans l’Ouest du pays, la Société nationale des industries électroniques « ENIE », à Sidi Bel Abbès, se distingue comme l’une des plus anciennes entreprises publiques algériennes dans ce domaine.

Les origines de l’entreprise remontent aux années 1970, avant qu’elle ne devienne une entreprise nationale des industries électroniques en 1982. Aujourd’hui, « ENIE » développe des produits comprenant des téléviseurs, des cartes électroniques, des téléphones, des appareils numériques et des solutions solaires, ainsi que des activités liées aux composants électroniques.

Les données du groupe « Elec El Djazair » indiquent qu’« ENIE » emploie plus de 1 329 travailleurs et cadres et ambitionne de devenir le premier fabricant d’appareils électroniques grand public en Algérie.

En novembre 2025, l’entreprise a lancé la commercialisation de nouveaux téléviseurs de 32 et 43 pouces, dans le cadre d’une stratégie visant à renouveler ses produits et à élargir son réseau de distribution national.

La poursuite de la production et du développement d’« ENIE » après des décennies d’activité démontre que l’industrie électronique algérienne ne repose pas uniquement sur de nouvelles entreprises privées, mais dispose également d’une base industrielle publique historique qui peut être réhabilitée et intégrée à une stratégie industrielle moderne.

Tizi Ouzou… l’héritage de l’« ENIEM » dans l’électroménager
Dans la région du Centre, l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager « ENIEM » se distingue, son siège et ses principales unités de production étant situés dans la zone d’Oued Aïssi, dans la wilaya de Tizi Ouzou.

L’entreprise indique sur son site officiel qu’elle compte parmi les principaux fabricants algériens d’appareils électroménagers depuis plus de 40 ans. Ses produits comprennent actuellement les cuisinières, chauffe-eau, climatiseurs et autres appareils. Elle travaille également au développement de nouveaux projets visant à accroître l’intégration locale, notamment un projet d’intégration de la fabrication de lave-linge qui a fait l’objet d’un appel d’offres en 2025-2026.

L’importance de l’« ENIEM » réside dans le fait qu’elle représente l’un des actifs industriels historiques de l’Algérie dans le domaine de l’électroménager. Mais, comme d’autres entreprises, elle est confrontée au défi de moderniser ses lignes de production, d’accroître sa productivité, d’intégrer des composants locaux et de développer des produits capables de rivaliser sur un marché où les marques privées sont devenues plus puissantes.

Blida et Alger… l’électronique s’oriente vers l’industrie de haute technologie

Dans la région du Centre, « Bomare Company », connue commercialement sous la marque « Stream », se distingue comme l’une des principales réussites à l’exportation dans l’industrie électronique algérienne. L’entreprise possède un site de production à Bir Touta, à Alger, et a également annoncé une nouvelle usine à Blida conçue selon les normes de l’industrie 4.0.

L’entreprise indique que son usine de Blida s’étend sur une superficie de 50 000 mètres carrés, avec une capacité de production pouvant atteindre 3 millions de téléviseurs par an et la création de 1 800 emplois directs. Elle s’est également fixé l’objectif ambitieux de réaliser 300 millions de dollars de recettes d’exportation, avec un taux d’intégration locale supérieur à 50 %.

Ce qui est remarquable dans l’expérience de « Bomare », c’est qu’elle n’a pas attendu la saturation du marché local pour se tourner vers l’étranger, mais a fait de l’exportation une partie de la stratégie de l’entreprise dès une étape précoce. La société affirme avoir commencé à exporter ses produits vers l’Europe sous la marque « Stream » dès 2007. Elle exporte actuellement vers plusieurs pays européens et africains. Les données de l’entreprise indiquent que ses produits sont présents sur des marchés tels que l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, la Pologne et le Danemark, ainsi qu’en Afrique du Sud et au Gabon.

Cette expérience est importante car elle montre que le « Made in Algeria » ne se limite pas nécessairement aux marchés africains ou arabes et que des produits électroniques algériens peuvent également accéder au marché européen lorsque la qualité, la conformité ainsi que les conditions logistiques et commerciales sont réunies.

La carte de l’industrie électronique et électroménagère en Algérie

Sur la base des entreprises dont les sites de production peuvent être documentés, il est possible de dresser une image approximative de la carte nationale de cette industrie.

À Bordj Bou Arreridj se concentrent plusieurs des principales entreprises, notamment « Condor », « Geant Electronics », « Cristor », « Akrodim Media » et « Maxtor », ainsi qu’un réseau d’entreprises et de sous-traitants liés aux industries électriques et électroniques. La wilaya demeure un centre majeur de fabrication, d’assemblage et d’exportation.

À Sétif, on retrouve « Iris » et le groupe « Brandt/Samha Home », en plus d’une activité industrielle électroménagère et électronique en développement, faisant de la région orientale s’étendant entre Sétif et Bordj Bou Arreridj l’une des principales bases de l’industrie nationale. À Blida et Bir Touta se concentre l’activité de « Bomare/Stream », l’un des modèles les plus fortement liés aux exportations vers l’Europe.

À Sidi Bel Abbès est implantée « ENIE », l’entreprise publique historique des industries électroniques, qui produit des appareils audiovisuels, des produits électroniques, des solutions solaires et autres.

À Tizi Ouzou se trouve « ENIEM », l’un des plus anciens pôles de l’industrie électroménagère, notamment dans les domaines de la réfrigération, de la cuisson et de la climatisation.

Quant à Alger et ses environs, ils abritent également plusieurs entreprises de fabrication d’appareils électroniques et électroménagers, de composants et de services, parmi lesquelles « Sacomi », qui affirme fabriquer des appareils électroniques et électroménagers depuis 1994 à travers trois unités de production et employer près de 300 travailleurs. Cette carte ne constitue pas une liste exhaustive de toutes les entreprises enregistrées en Algérie, mais met en évidence les principaux pôles et entreprises pour lesquels des données industrielles publiées et documentables sont disponibles.

L’exportation… le véritable test de l’industrie algérienne

Si atteindre 83 % de couverture de la demande locale représente une étape importante, la phase la plus difficile reste l’accès aux marchés extérieurs. Les marchés internationaux ne récompensent pas un produit simplement parce qu’il est « algérien », mais lui imposent des exigences en matière de qualité, de prix, de conformité, de garantie et de service après-vente, ainsi que de transport, de financement et de distribution. C’est pourquoi les entreprises algériennes ont commencé à mettre progressivement en place des réseaux d’exportation.

« Condor » en constitue l’exemple le plus important. En mars 2025, 31 conteneurs contenant 7 000 appareils électroménagers ont quitté le port de Béjaïa à destination de la Tunisie, de la Jordanie et du Yémen, pour une valeur de 1,5 million de dollars. À cette occasion, le directeur général adjoint du groupe, Mohamed Salah Daâs, a révélé que la valeur des exportations de « Condor » en 2024 avait atteint 15,2 millions de dollars, avec pour objectif d’atteindre 50 millions de dollars en 2025.

En juillet de la même année, le groupe a annoncé une opération beaucoup plus importante en termes de nombre d’unités, consistant à exporter 60 000 téléviseurs et 50 000 lave-linge vers l’Égypte, dans le cadre d’une campagne d’exportation qui concernait également la Jordanie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Ces appareils étaient fabriqués en Algérie, y compris les produits « Hisense » fabriqués dans les usines de « Condor » à Bordj Bou Arreridj.

Lors d’une autre opération supervisée par le ministère du Commerce extérieur à Bordj Bou Arreridj, des cargaisons de produits « Condor » ont été expédiées vers l’Égypte, la Tunisie, la Jordanie, la Libye et la Mauritanie, tandis que « Geant Electronics » a exporté des produits électroniques vers la Tunisie.

En septembre 2025, le réseau d’accords d’exportation de « Condor » s’est élargi pour inclure six marchés africains : la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, pour une valeur annoncée d’environ 80 millions de dollars, selon les données publiées concernant les accords conclus lors de l’IATF 2025.

Une nouvelle évolution est ensuite intervenue en juin 2026, lorsque « Condor » a signé un accord avec des partenaires au Rwanda et en Tanzanie pour exporter des produits électroniques et électroménagers fabriqués en Algérie, dans le cadre d’une orientation officielle visant à renforcer la présence algérienne sur le continent et à tirer parti des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine. Ainsi, la carte extérieure s’élargit progressivement du Maghreb et de l’espace arabe vers l’Afrique subsaharienne.

L’Afrique… le marché le plus proche pour le produit algérien

L’Afrique revêt une importance particulière pour l’industrie algérienne en raison de sa proximité géographique, de la similitude d’une partie des modes de consommation et des coûts de transport par rapport aux marchés lointains, ainsi que des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine.

Même si ces taux correspondent à des données antérieures et ne doivent pas être automatiquement appliqués à la situation de 2026, ils illustrent une orientation stratégique qui s’est poursuivie au cours des années suivantes : l’Afrique constitue le premier espace d’expansion extérieure des produits électroménagers algériens.

Quant à « Bomare/Stream », elle représente le modèle inverse, en se concentrant sur l’Europe en plus de l’Afrique, et en établissant des relations d’exportation avec l’Espagne, le Portugal et l’Italie, avant d’élargir son réseau à d’autres pays européens. On peut dire que la carte des exportations algériennes se divise en pratique en deux axes : les produits électroménagers se dirigent fortement vers l’Afrique et le monde arabe, tandis que certains produits électroniques, notamment les téléviseurs, ont également réussi à s’implanter sur le marché européen.

Malgré tous ces indicateurs positifs, le principal défi pour l’industrie reste celui de la valeur ajoutée locale, car une hausse de la proportion de produits fabriqués localement ne signifie pas nécessairement que tous leurs composants sont d’origine locale.

Les partenariats étrangers… de l’importation de marques à la fabrication en Algérie

L’une des évolutions importantes de la filière des industries électroniques et électroménagères ces dernières années réside dans l’entrée de marques internationales dans des partenariats de production avec des entreprises algériennes.

« Condor » a ainsi conclu un partenariat avec « Hisense » pour produire des appareils en Algérie. Elle a également annoncé un important projet de fabrication de climatiseurs d’une capacité de deux millions d’appareils par an, dont 80 % destinés à l’exportation, soit environ 1,6 million d’appareils, avec un investissement annoncé de l’ordre de 200 millions de dollars, selon les déclarations des responsables du groupe. Ce type de partenariat peut remplir deux fonctions simultanément : répondre aux besoins du marché algérien grâce à la production locale et transformer l’Algérie en base de production destinée à d’autres marchés.

De même, l’expérience de « Bomare » avec « LG », « Hisense » et d’autres entreprises montre comment un partenariat peut évoluer d’une simple relation commerciale vers un transfert de technologie et de savoir-faire industriel.

Ces indicateurs permettent d’affirmer que l’Algérie dispose désormais d’une véritable base industrielle dans l’électronique et l’électroménager, mais qu’elle n’a pas encore atteint le niveau d’une « grande puissance » dans ce domaine. L’Algérie dispose d’un vaste marché intérieur, d’un réseau d’entreprises productrices, de compétences humaines, de zones industrielles spécialisées et de certaines marques qui commencent à exporter, ainsi que d’une position géographique qui la prédispose à faire le lien entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe. Elle fait toutefois face à une forte concurrence de la Turquie, de la Chine, de l’Égypte et de la Tunisie, en plus des marques internationales qui disposent de capacités financières, technologiques et commerciales plus importantes.

La hausse des coûts de transport constitue également un défi important pour le produit national, notamment lorsqu’il s’agit d’appareils volumineux et lourds tels que les réfrigérateurs, les lave-linge et les climatiseurs. Les responsables des entreprises de production ont souligné à plusieurs reprises que les coûts de transport, les droits et les frais logistiques constituent l’un des obstacles au renforcement des exportations. Ainsi, la « bataille de l’exportation » ne se gagnera pas uniquement à l’intérieur de l’usine, mais également dans les ports, les réseaux de transport, le financement, l’assurance, les services après-vente, les centres de maintenance et la distribution sur les marchés extérieurs.

Du « Made in Algeria » à la « création de valeur en Algérie »

Le slogan du salon prévu à Bordj Bou Arreridj en septembre prochain prend ici tout son sens : « Depuis l’Algérie… nous créons de la valeur et renforçons les exportations ». L’objectif véritable ne devrait pas être simplement d’augmenter le nombre d’appareils portant la mention « Made in Algeria », mais d’accroître la valeur qui reste effectivement dans l’économie nationale.

Lorsque l’usine fabrique un réfrigérateur mais importe le compresseur, le moteur, la carte électronique, les tôles et les composants plastiques, la valeur locale reste relativement limitée. En revanche, lorsqu’elle commence à fabriquer les compresseurs, les cartes électroniques et les composants métalliques et plastiques, fait appel à des entreprises algériennes de sous-traitance, développe localement les logiciels et la conception et exporte le produit fini, la valeur ajoutée devient beaucoup plus importante. C’est la voie que semble désormais emprunter l’industrie algérienne, même si elle nécessite encore des investissements plus importants dans la recherche et le développement, la fabrication de composants, la formation, la sous-traitance, les normes, les essais et la propriété intellectuelle.