Nation

Des chiffres inquiétants

Pour la première fois… la Bourse clandestine de la cocaïne au Sahel et dans le Sahara

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Par: Mohamed Ben Ahmed

Les réseaux de criminalité organisée transnationale en provenance d’Amérique du Sud, d’Europe et des Balkans occidentaux exploitent de plus en plus l’Afrique de l’Ouest, le Sahel et la région sahélo-saharienne pour stocker et acheminer des cargaisons de cocaïne vers l’Afrique du Nord, notamment l’Algérie.

Au fil de ce long parcours, les itinéraires changent, tandis que les cargaisons passent entre les mains de plusieurs réseaux et intermédiaires.

Les trafiquants ont progressivement délaissé les voies aériennes, autrefois privilégiées, au profit du transport maritime, des conteneurs et des navires. Une fois arrivées en Afrique de l’Ouest, les cargaisons sont prises en charge par d’autres réseaux de trafiquants opérant dans la région et au Sahel.

Selon les rapports de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Afrique de l’Ouest et le Sahel sont devenus des maillons importants des routes de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Afrique du Nord, dont l’Algérie.

Les données officielles font état d’une hausse importante des quantités de cocaïne que les réseaux de trafic tentent d’introduire sur le territoire national. Après la saisie de 256,393 kg en 2023, les services de sécurité ont fait état, en 2025, de quantités considérables saisies : 934 kg par les unités de l’Armée nationale populaire, plus de 665 kg par la Direction générale de la Sûreté nationale, et 728,3 kg par les services des Douanes.

Plus de 7 000 km et trois étapes

La cocaïne parcourt plus de 7 000 kilomètres avant d’atteindre les frontières sud de l’Algérie. Le périple commence notamment au Brésil ou en Colombie, où les cartels colombiens et brésiliens écoulent leurs cargaisons auprès de réseaux criminels nigérians.

Les cargaisons sont ensuite transportées par voie maritime, à bord de navires et dans des conteneurs, vers plusieurs ports d’Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Nigeria et au Cameroun.

Une fois arrivées, les cargaisons sont stockées par les réseaux locaux avant d’être revendues à des trafiquants d’autres pays africains, notamment à des réseaux actifs dans la région du Sahel.

Depuis l’Afrique de l’Ouest, une nouvelle étape commence avec l’acheminement clandestin des cargaisons vers les pays du Sahel, principalement le Mali et le Niger, avant leur réorientation par des réseaux opérant dans l’espace sahélo-saharien.

Certaines cargaisons transiteraient également par des villes du Burkina Faso, notamment Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, où elles seraient échangées clandestinement entre différents réseaux avant d’être acheminées par des itinéraires désertiques vers le nord.

Durant ce parcours, une même cargaison ne reste pas entre les mains d’un seul réseau. Elle peut passer par trois à huit trafiquants, chargés successivement du transport, du stockage et de la revente.

Le prix de la cocaïne augmente considérablement entre les côtes latino-américaines et le Sahara, pouvant être multiplié par deux ou trois en raison de la distance parcourue, du nombre d’intermédiaires et des risques liés au trafic.

L’Algérie constitue la troisième étape de cette longue route, après l’Amérique latine et l’Afrique de l’Ouest, puis la région du Sahel.

La dangerosité de cet itinéraire ne réside toutefois pas uniquement dans les volumes transportés. Elle tient également à la multiplication des réseaux impliqués, dont les rôles évoluent d’une étape à l’autre, compliquant le travail de traçage et leur permettant de modifier rapidement leurs itinéraires.

Dans ce contexte, l’Algérie tend progressivement à passer du statut de simple zone de transit à celui de marché de consommation de cocaïne, ajoutant une nouvelle dimension au défi posé par les réseaux criminels transnationaux.

La route du Sahara

Les données de l’Armée, de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie nationale indiquent qu’environ 90 % des saisies de cocaïne en Algérie se concentrent sur deux principaux axes dans le Sud : l’un dans le Sud-Ouest et l’autre dans le centre du Sahara.

Après les transactions effectuées dans la région du Sahel, les cargaisons sont acheminées par ces deux axes vers les villes du nord du pays.

Le premier itinéraire part de In Guezzam, passe par Tamanrasset, puis rejoint la Route nationale n°1 avant de poursuivre vers le nord.

Le second axe prend naissance à Bordj Badji Mokhtar, d’où les cargaisons sont dirigées vers Adrar, avant de poursuivre leur route vers les régions du nord.

Les mêmes données révèlent que 70 % de la cocaïne saisie serait passée par l’axe de Bordj Badji Mokhtar, faisant de cet itinéraire le principal corridor d’acheminement de cette drogue dure depuis la région du Sahel vers l’Algérie.