Nation

« Les clés pour ouvrir les portes fermées aux Algériens en Afrique »

Entretien avec le député représentant la communauté nationale au Maghreb et en Afrique

  • 20
  • 5:41 Min

Entretien : Mohamed El Fatah Othmani


À deux jours de l’ouverture de la première session parlementaire de la première Assemblée populaire nationale issue des dernières élections législatives, le député représentant la communauté nationale au Maghreb et en Afrique, Cherifi Abdelmalek, dévoile certains des plans et axes auxquels il compte s’intéresser durant son mandat.

Le député, établi en Côte d’Ivoire où il exerce en tant que directeur général d’une entreprise spécialisée dans les infrastructures et les travaux publics, met l’accent sur les mécanismes d’accès au marché africain, qu’il considère comme une profondeur stratégique nécessaire pour l’Algérie. Il s’appuie sur plusieurs années d’expérience dans la gestion de projets dans des pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Niger, dans les domaines du génie civil, des routes, de l’hydraulique et des projets d’infrastructures.

Pour la première fois, un cadre établi en dehors de la Tunisie, considérée comme un lieu traditionnel d’implantation des cadres algériens sur le continent africain, remporte un siège de député représentant l’Afrique. Quels sont vos domaines de compétence ?
C’est vrai, nous avions l’habitude de voir des cadres établis en Tunisie occuper des fonctions parlementaires, en raison notamment du facteur numérique de la communauté algérienne qui y réside. Mais aujourd’hui, et depuis plusieurs années, les activités et les centres d’intérêt des Algériens se sont étendus vers les profondeurs du continent africain.

Ma situation est un exemple de cette évolution, qui nécessite encore d’être organisée, encadrée et davantage prise en considération.

Pour répondre à votre question sur mes domaines de compétence, je suis ingénieur d’État en génie civil. J’ai obtenu la certification Project Management Professional (PMP), soit celle de professionnel de la gestion de projets, délivrée par le Project Management Institute américain. Je suis également titulaire d’un master en gestion des affaires de l’Université de San Francisco, aux États-Unis.

Comment comptez-vous mettre cette expérience et ces compétences au service de votre travail parlementaire ?
À ma connaissance, c’est la première fois qu’un Algérien établi dans un pays situé au cœur de l’Afrique accède à un mandat parlementaire, puisque tous les députés précédents étaient des Algériens résidant en Tunisie. Cela apporte une différence et une diversité dans les approches, les expériences et les centres d’intérêt.

Mon accession à ce poste s’inscrit dans une nouvelle stratégie du Front de libération nationale, fondée sur une vision considérant l’Afrique comme la profondeur stratégique de l’Algérie, une vision relancée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, afin d’ouvrir largement les marchés africains aux Algériens.

Pour concrétiser cette vision, je souhaite mettre mon expérience, acquise au sein du Forum algérien pour l’exportation, l’importation et l’investissement, du Centre arabo-africain pour le développement et le commerce, ainsi qu’au sein de plusieurs entreprises internationales en Afrique, au service du travail parlementaire et de l’amélioration des relations politiques et économiques avec les pays africains.

Quels sont les obstacles qui entravent généralement le renforcement des partenariats algériens en Afrique ?
Il existe des obstacles qui empêchent les entreprises algériennes de s’implanter avec force dans leur espace africain, tant sur le plan administratif que financier, comme les autorisations nécessaires aux activités des entreprises algériennes en Afrique, ainsi que le nombre limité de banques et le manque de souplesse financière.

Dans le cadre de mes fonctions actuelles, je tenterai, à partir de notre connaissance de ces obstacles, de les porter à la connaissance du gouvernement, accompagnés de propositions visant à les résoudre, à les réduire et à les réformer. Cela nous permettra de multiplier les opportunités de l’économie nationale en matière de production, tout en améliorant les relations de l’Algérie avec les pays africains, car l’économie constitue le principal moteur d’une politique efficace et forte.

Pour moi, c’est là le devoir et le cœur même du travail parlementaire : œuvrer à l’élaboration de législations à la hauteur des attentes de ceux qui souhaitent accéder au marché africain, tout en exerçant un contrôle sur l’action gouvernementale dans ce domaine. Car avant d’être des députés, nous étions des citoyens établis à l’étranger et nous connaissons parfaitement les problèmes.

Votre arrivée en tant que cadre dirigeant et exécutif en Afrique rejoint la politique de l’État visant à renouer avec la profondeur africaine. Avez-vous quelque chose à ajouter à cette orientation ?

J’ai beaucoup à apporter, car je viens du monde des affaires en Afrique. J’y suis entré en tant qu’ingénieur puis directeur de travaux, et je connais la réalité africaine ainsi que la culture africaine, qui imprègne la mentalité collective dans les pays africains et, par conséquent, le monde des affaires africain, qui possède ses propres spécificités.

On ne peut pas entrer dans un pays et lui imposer sa propre culture et ses propres particularités. Nous devons au contraire respecter la culture des pays africains. Les Africains sont nos frères et constituent une extension de l’Algérie.

À titre d’exemple, nous constatons que le nord du Niger et le sud de l’Algérie présentent une grande proximité sur le plan culturel, de même qu’entre la Mauritanie et le Mali. Je considère donc qu’il faut également renforcer les relations entre les peuples, car l’une des conditions de la réussite des partenariats est que le citoyen du pays d’accueil soit disposé à nous accueillir, qu’il éprouve un sentiment positif à notre égard et qu’il soit favorable à l’arrivée des Algériens en tant qu’alternative solide, dans une logique de partenariat gagnant-gagnant.

Une ligne ferroviaire reliant le port de Jijel à Tamanrasset, puis se prolongeant vers le Niger et le Mali, est actuellement en cours de réalisation, selon des déclarations officielles. En tant que connaisseur de la réalité africaine, que représente ce projet sur les plans économique et stratégique ?
Ce projet représente beaucoup à plusieurs niveaux. L’Algérie compte des centaines d’entreprises productives, et cette démarche contribue fortement à renforcer les exportations et à réduire leur coût, qui est généralement élevé lorsqu’elles sont effectuées par conteneurs maritimes. Cela confère au produit algérien un avantage concurrentiel important face aux autres produits.

Il est vrai que la qualité des produits algériens est désormais évidente. Mais lorsqu’ils arrivent sur le marché africain avec un coût de transport élevé, leur prix devient non compétitif et ils ne suscitent donc pas de demande. En revanche, lorsque le transport s’effectue par voie ferrée ou par voie terrestre, d’autant que l’État a pris en charge le soutien au transport au profit des exportateurs, le coût des produits exportés depuis l’Algérie diminuera et ceux-ci deviendront compétitifs.

Sur le plan pratique, le projet est-il réaliste ?

Le programme du président de la République est riche, ambitieux, prometteur et réaliste. Mais nous devons l’accompagner, le soutenir, y croire et y contribuer de notre côté. Car lorsque le programme du président de la République sera pleinement concrétisé et que, de notre côté, nous ne serons pas au niveau requis sur le terrain, nous contribuerons à son ralentissement et nous ne pourrons pas en tirer pleinement profit.