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« La rupture des relations avec les Émirats n'impactera pas l’Algérie »

« El Khabar » recueille l’avis d’experts

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La décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis aura des répercussions juridiques et économiques qui, selon des analystes, ne devraient pas porter atteinte aux intérêts nationaux, compte tenu de la faible interdépendance dans les secteurs stratégiques, ainsi que de la multiplicité des alternatives et des partenaires économiques et politiques de l’Algérie.

L’avocat Nourredine Ben Zaïm a déclaré que « la décision de rompre les relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis implique d’examiner les conséquences juridiques qui en découlent, à la lumière des dispositions et clauses de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui régit le nouveau statut juridique et les obligations incombant aux deux États ».

Dans une déclaration à « El Khabar », Ben Zaïm a expliqué les principales conséquences directes de la décision de rompre les relations diplomatiques, notamment la fin de la représentation diplomatique officielle entre les deux pays. Il a précisé que, selon les circonstances, la représentation pourrait être réduite au niveau de chargé d’affaires, afin d’assurer la gestion des affaires consulaires et administratives des ressortissants des deux États.

Il a ajouté que cette décision entraînerait également le départ de l’ambassadeur, conformément au délai qui lui aura été accordé, permettant ainsi d’organiser son départ et d’achever les procédures qui s’y rapportent. La rupture des relations diplomatiques pourrait également entraîner la suspension des canaux de communication officiels entre les deux pays.

Concernant l’immunité des locaux des ambassades et des missions diplomatiques ainsi que de leurs biens, Ben Zaïm a affirmé que la Convention de Vienne assure la protection juridique de ces locaux et garantit également la préservation des documents et pièces appartenant aux missions diplomatiques.

Il a expliqué que les deux États peuvent convenir de désigner un chargé d’affaires pour veiller aux intérêts des ressortissants de chaque État auprès de l’autre et garantir la continuité des services consulaires. Ils peuvent également, dans ce cadre, convenir de confier la protection de ces intérêts à un médiateur ou à un État tiers.

L’avocat a insisté sur la nécessité de distinguer entre la rupture des relations diplomatiques et la suspension des services consulaires, affirmant que la décision de rompre les relations diplomatiques n’implique pas, en elle-même, l’arrêt des services consulaires entre les deux pays, sauf si la décision le prévoit expressément.

Il a souligné que les services consulaires peuvent continuer à être assurés au profit des ressortissants des deux États, notamment en ce qui concerne l’état civil, la délivrance des actes de mariage, les dossiers de visa, ainsi que l’échange de documents et de décisions judiciaires concernant les personnes, conformément aux dispositions légales en vigueur.

Concernant les autres accords conclus entre les deux pays, Ben Zaïm a expliqué que les accords internationaux à caractère commercial et économique ne cessent pas automatiquement du seul fait de la rupture des relations diplomatiques. Ils restent soumis à leurs propres dispositions et textes, à moins que les deux États ne prennent d’autres mesures juridiques à leur égard.

Il a ajouté qu’en cas de différend concernant l’exécution de ces accords, celui-ci serait réglé conformément aux mécanismes prévus par les accords eux-mêmes, ou en vertu du droit international et de l’arbitrage international, à la demande de l’une des parties ou en vertu d’un accord entre les deux États.

Les relations économiques
De son côté, Rawda El Maâlaoui, professeure de relations internationales et experte en sécurité énergétique au Centre de Genève pour les études, a estimé que l’évolution de la crise au cours de la prochaine phase pourrait suivre trois principaux scénarios, soulignant que la rupture politique ne signifie pas nécessairement un passage direct à une rupture économique globale.

Dans une déclaration à « El Khabar », El Maâlaoui a expliqué que le premier scénario consiste à maintenir la rupture politique tout en gardant les relations économiques séparées de celle-ci. Elle estime que la poursuite de la crise pourrait progressivement conduire à une réorganisation des relations économiques entre les deux pays, sans que le processus commence nécessairement par l’annulation des accords ou des investissements existants, mais plutôt par des mesures plus progressives, telles que la réévaluation de certains projets communs, le renforcement du contrôle des nouveaux investissements et la réduction de la dépendance à l’égard des financements ou des partenariats émiratis dans les secteurs stratégiques, en plus de l’orientation des nouveaux projets vers d’autres partenaires et du réexamen de certains axes de transport, de commerce et d’investissement.

El Maâlaoui a indiqué que l’Algérie œuvre déjà à élargir son réseau de partenaires économiques, soulignant le développement de la coopération avec l’Allemagne dans les domaines du gaz et de l’énergie, ainsi que l’évolution des relations avec la Chine dans les secteurs de l’énergie, des services, des technologies et des infrastructures. Elle a également relevé les efforts de Sonatrach pour renforcer sa présence en Afrique, notamment à travers sa coopération avec le Niger dans le secteur des hydrocarbures.

Elle a également évoqué les efforts de l’Algérie pour renforcer sa présence sur les marchés européens, en tirant parti de sa position géographique et de ses ressources gazières. Elle estime que cette politique offre à l’Algérie une plus grande marge de manœuvre si la crise avec Abou Dhabi se poursuit, les Émirats risquant alors de perdre un ancrage économique sur un important marché algérien bénéficiant d’une position stratégique entre l’Europe et l’Afrique.

La spécialiste estime ainsi que la rupture pourrait rester limitée au domaine diplomatique, tout en maintenant une partie des relations économiques existantes, notamment si des intérêts mutuels continuent de rendre une séparation économique totale coûteuse pour les deux parties.

El Maâlaoui a déclaré que la crise intervient dans un contexte international particulièrement sensible, alors que les prix du pétrole se sont rapprochés, en septembre 2026, du seuil de 100 dollars le baril et l’ont dépassé lors de certaines transactions, sur fond d’escalade des tensions géopolitiques et de perturbations du trafic maritime et de l’énergie. Elle considère que ces données rendent la sécurité des approvisionnements et la sécurité énergétique davantage liées à la sécurité nationale et à la diplomatie.

Elle a affirmé que l’Algérie, en tant que fournisseur important de gaz à l’Europe, dispose d’un atout stratégique à ce stade, tandis que les Émirats, en tant que l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole, disposent d’un poids important sur les marchés de l’énergie.

Quant au deuxième scénario, El Maâlaoui le considère comme le plus réaliste en cas de poursuite des tensions. Il consiste en une réévaluation progressive des relations économiques, sans aller jusqu’à une rupture économique déclarée, mais plutôt à travers une réorganisation des investissements, des projets et des partenariats, ainsi que la recherche de partenaires alternatifs.

À l’inverse, le troisième scénario consisterait en une évolution de la crise vers une confrontation économique directe. Il s’agit du scénario le plus dangereux et pourrait inclure l’annulation d’accords, le gel d’investissements ou la réduction de la coopération dans des secteurs stratégiques. Toutefois, selon elle, parvenir à cette étape signifierait que la crise ne se limite plus à un différend politique, mais qu’elle se serait transformée en un conflit direct autour des intérêts économiques.