L’électricité en Algérie passe d’un service public essentiellement lié à la consommation intérieure à une marchandise stratégique susceptible d’être exportée et utilisée comme levier de négociation. Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables a inscrit l’intégration au marché européen de l’électricité parmi les objectifs de la politique énergétique nationale, parallèlement à l’ouverture d’un chantier consacré à l’étude du système de consommation et de tarification de l’électricité et du gaz, ainsi qu’à l’augmentation du contenu local dans les équipements et les services du secteur. Il s’agit d’une approche qui lie l’élargissement des exportations à l’amélioration de l’efficacité du marché intérieur, plutôt que de dissocier le volet extérieur des équilibres internes.
26 GW… et un excédent commercial qui se mesure à l’équilibre énergétique
L’Algérie dispose d’une base de production électrique importante. Selon les estimations du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables publiées sur son site, la capacité installée atteint 26 107,20 mégawatts, soit environ 26,1 gigawatts, tandis que le taux de couverture électrique s’élève à 99 %, au profit de 12 297 856 clients. Toutefois, ces chiffres, dont le document ne précise pas l’année de référence, ne signifient pas automatiquement qu’il existe un excédent commercial immédiatement disponible pour l’exportation.
La capacité installée correspond à la puissance nominale maximale, et non aux quantités effectivement disponibles après déduction de la consommation nationale, de la disponibilité des centrales, de la réserve de sécurité, des pertes de transport et des contraintes du réseau. La détermination de l’excédent exportable reste donc tributaire de l’équilibre énergétique réel, notamment lors des pics de demande estivale, ainsi que de la capacité du réseau de transport à acheminer la production vers les marchés extérieurs. C’est là que réside l’importance d’une meilleure planification et d’une meilleure exploitation des infrastructures de production et de transport, condition préalable à toute ambition d’exportation.
L’Algérie produit et commercialise l’électricité à travers le groupe Sonelgaz. Sa filiale « Sonelgaz-Production de l’électricité » assure l’exploitation et la maintenance des unités de production, dans le respect des normes de maintenance, de performance et de sécurité. Elle est également chargée de contrôler la disponibilité du système de production, de veiller au respect des obligations de service public en matière de régularité et de qualité de l’approvisionnement en électricité, ainsi qu’à la protection de l’environnement et à l’exploitation et la maintenance des installations communes.
Au niveau du transport, le groupe Sonelgaz, à travers sa filiale « Sonelgaz-Transport de l’électricité et gestion du système », assure l’exploitation, la maintenance et le développement de la gestion du réseau de transport de l’électricité à travers le territoire national, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur, ainsi qu’aux dispositions de la loi n° 01-02 du 5 février 2002 relative à l’électricité et à la distribution publique du gaz par canalisations. Elle veille notamment au maintien de l’équilibre entre la consommation et la production, ainsi qu’à la sécurité, la fiabilité et l’efficacité de l’approvisionnement en électricité. Cette organisation confère au secteur une structure institutionnelle capable de gérer la chaîne de valeur, mais exerce également des pressions sur les coûts, la performance et les investissements.
L’Europe en ligne de mire
L’orientation vers le marché européen s’inscrit dans une politique visant à renforcer la position de l’Algérie dans les échanges énergétiques africains et européens, tout en garantissant la satisfaction des besoins nationaux à long terme. Le ministère lie cette vision aux missions confiées au secteur à la suite du remaniement gouvernemental du 14 septembre 2025, parmi lesquelles figurent le développement du mix énergétique, l’augmentation de la contribution des sources renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique.
Le processus de connexion avec l’Europe a connu une première étape exploratoire le 31 juillet 2024, lorsque Sonatrach, Sonelgaz et l’italienne Eni ont signé un mémorandum d’entente visant à évaluer la faisabilité d’une interconnexion électrique sous-marine entre l’Algérie et l’Italie, afin d’approvisionner les marchés italien et européen.
Parallèlement à cette orientation extérieure, le ministère rouvre le dossier du modèle de consommation et de tarification, qui constitue l’un des dossiers les plus directement liés aux ménages et aux entreprises. Les données font état d’environ 8,13 millions de clients du gaz et d’un taux de couverture de 72 %, sans préciser l’année de référence, auxquels s’ajoute une large base d’abonnés à l’électricité.
La révision de ce modèle revêt une importance économique, car elle est liée au financement et à la maintenance des réseaux, aux coûts de l’énergie pour les entreprises et au pouvoir d’achat des ménages.
La nouvelle politique lie également l’amélioration des performances du secteur à l’augmentation de la contribution de l’industrie nationale. Le ministère a demandé aux opérateurs d’accroître le contenu local dans la production des équipements et la fourniture des services liés à l’électricité et au gaz, parallèlement à l’amélioration de la productivité, à la numérisation de la gestion et à la formation des compétences.
Cette orientation permettrait de transférer une part plus importante de la demande d’investissement vers les entreprises algériennes, à travers les activités de fabrication, d’ingénierie, d’installation et de maintenance. Toutefois, les retombées dépendent de la capacité des fournisseurs locaux à répondre aux exigences en matière de qualité, de coûts et de délais. L’augmentation du contenu local constitue en effet une politique industrielle qui nécessite des chaînes d’approvisionnement, des normes, des financements et de la formation.
Le ministère met également l’accent sur la préservation des ressources financières des entités du secteur et l’amélioration de leur utilisation, à travers la mutualisation des besoins et le renforcement de la coopération opérationnelle. La préparation de contrats d’objectifs et de performance ainsi que la planification financière figurent parmi les outils de modernisation de la gestion et de mise en relation des dépenses avec les résultats, faisant du suivi des coûts, des délais et de la productivité une composante de la mise en œuvre de la politique annoncée.
Dans le domaine de la diversification des activités, il est prévu de développer la production d’hydrogène à travers des sites pilotes. Les orientations comprennent également les applications non électriques de l’énergie nucléaire et la formation dans le domaine de l’ingénierie nucléaire. Cette démarche repose sur des initiatives concrètes. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a ainsi examiné, le 26 juillet 2026, avec la société argentine « INVAP », l’état d’avancement de la réalisation d’une installation de production de radio-isotopes à Draria destinée aux usages médicaux, en soulignant la nécessité d’accélérer les travaux et de respecter les délais. Ces indicateurs, bien que sectoriels, montrent que l’Algérie cherche à développer des capacités technologiques plus larges, qui ne se limitent pas à l’exportation de molécules ou d’électrons.
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