L’amélioration des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Mali, après celle intervenue avec le Niger, à la suite d’une rupture sans précédent ayant duré plus d’un an, a de nouveau reconfiguré la carte des équilibres politiques et sécuritaires dans la région. Des tentatives d’exploitation de la crise diplomatique entre l’Algérie, Bamako et Niamey avaient en effet émergé, dans un contexte marqué par le renforcement des rôles de la Russie, de la Turquie, des États-Unis et des Émirats arabes unis, sur les décombres d’un rôle français qui a disparu sous la pression de la rue et des nouveaux dirigeants.
La crise entre l’Algérie et ses voisins du Sud a permis, pendant une année, l’émergence d’une nouvelle réalité dans l’équation sécuritaire régionale, ainsi que la confrontation de plusieurs agendas extérieurs qui ignorent les réalités et les intérêts des pays de la région. Toutefois, le rétablissement des relations entre les trois capitales a amené Moscou et Washington à comprendre qu’il est impossible de gérer les crises au Sahel sans une coordination avec l’Algérie, compte tenu de la nature de ses relations avec son espace sahélien à tous les niveaux, ainsi que de sa connaissance et de sa maîtrise de ses spécificités ethniques, tribales et autres.
Les nouvelles puissances extérieures qui ont remplacé la présence française se sont retrouvées dans un environnement démographique et un système de croyances et de pensée extrêmement complexes et composites, où les dimensions tribale, ethnique, raciale, politique et religieuse s’entremêlent tantôt avec fluidité, tantôt de manière contradictoire ou violente. Cette situation rend l’acteur étranger indécis quant au choix de l’approche à adopter pour justifier et gérer sa présence et trouver la zone grise dans laquelle l’ensemble des composantes peuvent se rejoindre.
Or, la réalité et les nombreuses expériences précédentes au Sahel et dans le monde ont démontré que toutes les approches, qu’elles soient sécuritaires, culturelles, de développement ou même de déstructuration, ont échoué à imposer la vision de leurs promoteurs, quelle que soit leur puissance.
Au fil du temps, plusieurs puissances ont compris que, malgré la présence au Sahel de composantes parfois contradictoires et antagonistes, la région ne permet pas d’annuler ou d’exclure l’une d’entre elles de l’équation sécuritaire et de la construction de l’État-nation. C’est ce sur quoi a travaillé le groupe de médiation internationale dirigé par l’Algérie lors de la conclusion de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, ainsi que dans la médiation qu’elle avait proposée à la suite du coup d’État militaire au Niger, qui avait renversé l’ancien président Mohamed Bazoum il y a deux ans.
Après toutes ces expériences diverses, il est apparu que l’approche sécuritaire fondée uniquement sur la force ne suffit pas pour faire face au terrorisme et aux crises politiques au Sahel. Même les approches hybrides combinant les dimensions sécuritaires, de développement et culturelles, fondées sur le soft power, n’ont pas réussi à ancrer totalement la présence de leurs promoteurs dans le sable de ces pays ni à faire définitivement pencher la balance en faveur d’une force au détriment d’une autre. Il semble que le traitement sur un pied d’égalité, respectueux de la souveraineté des États et fondé sur une logique gagnant-gagnant, soit le seul modèle permettant de traiter les crises internes et de lutter contre les groupes extrémistes, ce qui fait défaut en présence des puissances étrangères dans la région.
La Russie, de son côté, s’appuie dans la gestion de sa présence au Sahel sur une approche fondée sur la force, dans le cadre de sa concurrence et de son conflit historique avec l’Occident. Cela l’a conduite à tomber dans le piège consistant à soutenir une partie au détriment d’une autre. Les États-Unis et la France continuent, quant à eux, à se partager les rôles afin de préserver ce qui reste de leur influence. La Chine a, pour sa part, privilégié l’approche du développement et de l’économie, ainsi que la relance des anciennes routes commerciales, à l’image de la route du sel, partant du principe que le commerce constitue une forme de domination. Enfin, le rôle de la Turquie, fondé sur la fourniture d’armements à distance, a lui aussi fini par favoriser certains acteurs au détriment d’autres, ce qui lui a valu le rejet et la dénonciation de plusieurs composantes politiques.
Plus récemment, les rôles des Émirats arabes unis et du Maroc ont émergé. Tous deux viseraient à attiser les conflits entre les composantes internes, d’une part, et entre les gouvernements, d’autre part, de manière presque invisible et dissimulée parfois, et de façon claire, publique et douce à d’autres moments. L’objectif serait de déstructurer la région et de prolonger ses crises, dans le cadre d’une action qui semble organisée et faire partie d’un projet dont les contours ne sont pas encore clairement définis.
Ainsi, le retour à la normale des relations diplomatiques, ainsi que la poursuite de la coordination entre l’Algérie, Washington et Moscou sur les questions sécuritaires, renforceraient la résilience de la région face aux projets de déstructuration.
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