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Comment l’Algérie s’est dotée d’un pôle de l’électronique et de l’électroménager

D’un marché de consommation à une véritable base industrielle

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L’industrie électronique et de l’électroménager en Algérie est passée de simples opérations d’assemblage d’appareils importés ou de la mise à disposition de quelques marques locales sur le marché national, comme c’était le cas il y a quelques années, à une véritable industrie à part entière. Cette filière industrielle s’est considérablement développée et a vu émerger des entreprises disposant de lignes de production spécialisées, qui s’emploient à augmenter les taux d’intégration locale et à développer des composants auparavant importés. Plus encore, certaines marques algériennes sont passées de la concurrence sur le marché national à la volonté d’imposer leur présence sur les marchés africains, arabes et européens.

L’organisation du Salon national des produits électroniques et électroménagers dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj, du 24 au 26 septembre prochain, sous le slogan « Depuis l’Algérie… nous créons de la valeur et renforçons les exportations », place cette industrie au cœur du débat économique national. Le choix de Bordj Bou Arreridj pour accueillir cet événement n’est pas fortuit : la wilaya, la 34e, dont le nom est associé depuis des années à l’industrie électronique et électroménagère, est devenue l’un des principaux pôles de cette industrie dans le pays. À tel point que le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, avait déclaré en juillet 2025 qu’elle était « la véritable capitale de l’industrie électronique et électroménagère », soulignant que la wilaya était parvenue à investir un secteur sensible, à approvisionner le marché national et à accéder aux marchés extérieurs.

Mais l’histoire de cette industrie ne se résume pas à la seule wilaya de Bordj Bou Arreridj, puisque la carte de la production s’étend aujourd’hui à Sétif, Sidi Bel Abbès, Blida, Alger, Tizi Ouzou et à d’autres régions. Elle regroupe des entreprises privées et publiques, des marques algériennes ainsi que des partenariats avec des entreprises internationales. Alors que la production locale couvre désormais une part importante des besoins du marché, le nouveau défi consiste à augmenter le taux d’intégration locale, développer les composants, améliorer la qualité, réduire les coûts de production et de transport, puis transformer l’Algérie d’un marché de consommation en véritable plateforme d’exportation.

Du « SKD » et du « CKD » à la fabrication locale

Pendant de nombreuses années, le marché algérien de l’électroménager et de l’électronique a été largement dépendant des importations. Les téléviseurs, réfrigérateurs, lave-linge, climatiseurs, appareils de cuisson et produits électroniques grand public étaient introduits sur le marché national par des marques asiatiques, européennes et internationales, tandis que l’industrie locale restait limitée en termes de volume et de diversité et dépendait de ce que l’on appelle le « SKD » et le « CKD ».

Cependant, le paysage a progressivement évolué avec l’émergence d’un groupe d’entreprises privées qui ont investi dans l’assemblage et la fabrication, avant d’entreprendre d’augmenter les taux d’intégration locale et d’élargir leurs lignes de production.

Les chiffres révèlent l’ampleur de cette transformation. En février 2024, des déclarations officielles ont confirmé que la production nationale d’appareils électroménagers couvrait désormais près de 83 % des besoins du marché local. Il a également été souligné que le développement des capacités de production avait permis à certaines entreprises de s’orienter vers l’exportation vers des pays africains et européens, tandis que le secteur privé représentait 87 % des entreprises opérant dans cette filière.

Le taux de 83 % constitue l’un des principaux indicateurs de la transformation qu’a connue le marché national. Il signifie qu’environ quatre cinquièmes de la demande nationale peuvent désormais être satisfaits par l’industrie locale de l’électroménager. Cela ne signifie pas pour autant que l’Algérie est devenue totalement autosuffisante, ni que tous les composants utilisés dans ces appareils sont fabriqués localement, mais plutôt que le produit fini est désormais disponible à grande échelle industrielle dans le pays.

C’est là que réside l’importance de cette nouvelle étape : la question fondamentale n’est plus de savoir si l’Algérie est capable de produire un téléviseur, un réfrigérateur, un lave-linge ou un climatiseur, mais plutôt de déterminer quelle part des composants de ces appareils est effectivement fabriquée localement et quelle valeur reste dans l’économie algérienne. Il s’agit également de savoir si ces produits sont capables de rivaliser avec leurs équivalents sur les marchés extérieurs.

Un vaste marché et une industrie qui a dépassé le stade de l’assemblage

La différence entre « assemblage » et « fabrication » constitue l’une des clés pour comprendre l’évolution de cette filière. Plus le taux d’intégration locale augmente, plus l’entreprise passe du simple assemblage de pièces importées à la fabrication de pièces et de composants sur le territoire national. Cela permet d’accroître la valeur ajoutée, d’élargir le réseau de sous-traitance industrielle et de créer une demande pour le fer, le plastique, le verre, les circuits électroniques, les moteurs, les compresseurs, les tôles, les câbles et autres composants.

Dans ce contexte, le président Abdelmadjid Tebboune, lors de sa visite au pavillon de « Condor » au Salon international d’Alger, a indiqué que les taux d’intégration des produits du groupe, notamment les smartphones, oscillaient entre 40 et 80 %, avant de prendre connaissance du projet de production locale de compresseurs pour réfrigérateurs. À cette occasion, des données ont été présentées au président de la République, faisant état d’une production de 4,5 millions de compresseurs dans le cadre du projet, dont près de trois millions d’unités destinées à l’exportation.

L’industrie des compresseurs revêt une importance particulière, car il s’agit de l’un des principaux composants des réfrigérateurs, congélateurs et climatiseurs. Si l’Algérie fabrique le produit fini mais importe le compresseur, une part importante de la valeur reste à l’extérieur de l’économie nationale. En revanche, la fabrication locale des compresseurs ouvre la voie à une augmentation du taux d’intégration et à une réduction de la dépendance aux composants importés.

Les chiffres de l’industrie : une forte croissance, mais irrégulière

Les indicateurs de l’Office national des statistiques reflètent cette évolution, même si les statistiques officielles classent ces activités dans des branches plus larges de l’industrie mécanique et électrique. En 2024, la branche de fabrication de biens de consommation électriques a enregistré une hausse de 26,8 % de son indice de production industrielle par rapport à l’année précédente, après avoir enregistré une forte baisse de 42,9 % en 2023.

Au premier trimestre 2025, la branche a poursuivi sa forte progression, avec une hausse de 386,8 % de l’indice de production par rapport à la même période de l’année précédente, avant d’enregistrer une hausse de 227,9 % au deuxième trimestre. Ces taux particulièrement élevés s’expliquent en partie par la comparaison avec de faibles niveaux de production durant les périodes de référence. Ils doivent donc être interprétés comme des indicateurs d’une reprise de l’activité et non comme une augmentation directe, dans les mêmes proportions, du nombre d’appareils produits.

Selon des professeurs d’économie, ces données confirment que l’industrie est bel et bien présente au sein du tissu industriel national. Elles révèlent toutefois, dans le même temps, un certain degré d’irrégularité des niveaux de production. La stabilité de la demande, la disponibilité des intrants, l’amélioration de la sous-traitance et l’élargissement des marchés extérieurs constituent ainsi des éléments indispensables pour garantir la pérennité des usines tout au long de l’année.