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La Corne de l’Afrique : de la périphérie des crises à un centre de gravité mondial

La Corne de l’Afrique n’est plus seulement une région marquée par les guerres et la pauvreté, mais s’est imposée comme l’un des principaux foyers de la compétition géopolitique mondiale

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La Corne de l’Afrique n’est plus seulement une région marquée par les conflits et la pauvreté. Elle est devenue l’un des principaux théâtres de la compétition géopolitique mondiale. Cette évolution s’explique notamment par sa position stratégique au débouché du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des passages maritimes les plus sensibles au monde. Plus qu’un simple corridor de transit, la région constitue désormais une véritable porte de contrôle des flux du commerce international et des approvisionnements énergétiques.

Cette importance découle de la convergence de trois facteurs majeurs : la valeur géostratégique des voies maritimes, leur lien direct avec les marchés mondiaux de l’énergie, et la fragilité interne des États qui bordent ces routes, ce qui favorise les interventions extérieures et les rivalités régionales et internationales.

La Corne de l’Afrique, un point de contrôle stratégique
La région doit son importance à sa position de gardienne méridionale de la mer Rouge, reliant l’océan Indien à la Méditerranée via le canal de Suez. Le détroit de Bab el-Mandeb, large d’à peine 30 kilomètres, constitue un véritable verrou du commerce mondial. Environ 12 % du commerce international et près de 30 % du trafic mondial de conteneurs y transitent, en plus de millions de barils de pétrole et de gaz chaque jour.

Toute perturbation dans cette zone oblige les navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, rallongeant les trajets de 10 à 14 jours et augmentant considérablement les coûts de transport. Dès lors, la sécurité de cette région influence directement les économies européennes et asiatiques, ce qui internationalise inévitablement toute crise qui s’y développe.

Héritage colonial et fragilité des États
Les tensions actuelles trouvent également leurs racines dans l’histoire. Les frontières héritées de la colonisation ont fragmenté des communautés tribales et claniques, contribuant à la naissance d’États fragiles et à la difficulté de construire une identité nationale unifiée.

La Somalia en constitue l’exemple le plus marquant. Les conséquences de la guerre civile et du conflit de l’Ogaden avec l’Ethiopia ont conduit à l’effondrement de l’État central. Le système fédéral instauré en 2012, censé stabiliser le pays, a parfois renforcé l’autonomie des entités régionales au détriment du pouvoir central, favorisant l’émergence de relations directes entre certaines régions et des puissances étrangères.

En Éthiopie, le modèle du fédéralisme ethnique adopté en 1991 a également nourri les tensions internes. Ce système a contribué à renforcer les identités communautaires, alimentant notamment la guerre du Tigré et plusieurs rébellions armées.

L’Éthiopie et la quête d’un accès à la mer
L’Éthiopie occupe une place centrale dans l’équation régionale. Avec plus de 120 millions d’habitants, elle est le plus grand État enclavé du monde et dépend largement du port de Djibouti pour son commerce extérieur.

Dans cette perspective, le mémorandum signé en 2024 avec le territoire sécessionniste du Somaliland a constitué un tournant majeur. L’accord prévoit notamment l’accès éthiopien à une installation maritime sur le golfe d’Aden, en échange d’une reconnaissance potentielle du Somaliland. Cette initiative a provoqué une vive réaction de Mogadiscio et favorisé un rapprochement entre la Somalie, l’Egypt et l’Eritrea.

Cette dynamique illustre parfaitement le concept de « dilemme de sécurité » : lorsqu’un État cherche à renforcer sa sécurité, ses voisins peuvent percevoir cette démarche comme une menace, ce qui entraîne une escalade des tensions et la formation d’alliances concurrentes.

Une compétition internationale pour les ports et les bases militaires
La Corne de l’Afrique est aujourd’hui au cœur d’une compétition impliquant plusieurs puissances régionales et mondiales.

Les United Arab Emirates ont développé une stratégie fondée sur le contrôle des infrastructures portuaires, notamment à Berbera et Assab, afin de sécuriser leurs routes commerciales et renforcer leur influence régionale.

La Turkey soutient quant à elle la souveraineté somalienne à travers sa présence militaire à Mogadiscio, tandis que l’Égypte cherche à protéger ses intérêts stratégiques liés au Suez Canal et au dossier du barrage de la Renaissance éthiopien.

La China dispose d’une base militaire à Djibouti et investit massivement dans le cadre de l’initiative des « Nouvelles Routes de la Soie ». Les United States maintiennent également une présence militaire importante dans le pays afin de sécuriser les voies maritimes, lutter contre le terrorisme et contenir l’influence chinoise.

Ainsi, la Corne de l’Afrique apparaît aujourd’hui comme un espace où s’entrecroisent enjeux sécuritaires, intérêts économiques et rivalités stratégiques. Sa position géographique exceptionnelle en fait un carrefour incontournable du commerce mondial, mais aussi l’un des foyers géopolitiques les plus sensibles de la planète.