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La "Gen Z" embrase l’Europe, les gouvernements cherchent une issue

De Paris à Zurich.

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Une vague de manifestations de jeunes, d’une ampleur sans précédent depuis plusieurs années, a déferlé sur plus de douze pays européens, de la France à la Suisse, en passant par l’Allemagne, l’Italie et la Belgique. Les revendications ne se limitent désormais plus à la réforme de l’enseignement ou à la baisse des frais de scolarité. Elles se sont transformées en un cri de révolte contre la cherté de la vie, la crise du logement, les inégalités sociales et les disparités entre les générations. Ce mouvement, porté en grande partie par la génération Z, n’est plus un phénomène national passager, mais une véritable crise de gouvernance à l’échelle européenne, révélatrice de la fragilité du modèle socio-économique en place.
La première étincelle est partie de France, où des lycéens ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Des écoles sans financement, un pays sans avenir », pour protester contre le manque d’enseignants et la dégradation des infrastructures scolaires. Mais cette colère a rapidement dépassé les murs des établissements scolaires pour se transformer en un mouvement social transclassiste, auquel ont pris part les syndicats ouvriers et le mouvement des « Gilets jaunes ».
La crise ne se limite donc plus à l’éducation. Elle concerne désormais le pouvoir d’achat, le logement et l’inflation. Selon les données de l’Union européenne, 40 % des jeunes âgés de 16 à 30 ans considèrent la hausse des prix et le coût de la vie comme leur principale source d’inquiétude. Par ailleurs, 26,3 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans sont exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit la proportion la plus élevée parmi toutes les tranches d’âge.
Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi les manifestations ont dégénéré en violences dans certaines villes. En France seulement, les pertes assurées liées aux émeutes ont été estimées à près de 1,2 milliard d’euros, soit plus d’une fois et demie le montant des dégâts enregistrés lors des troubles de l’été 2023. En Allemagne, quelque 150 000 personnes ont manifesté dans plus de 30 villes sous le slogan « La génération Z prend les choses en main » (Gen Z regelt), pour réclamer des investissements dans l’éducation, la santé et le climat, et rejeter le retour du service militaire obligatoire.
Quand le vieillissement de la population devient un fardeau pour les jeunes
Cette vague de contestation ne peut être comprise sans prendre en compte les structures économiques profondes de l’Europe. Le continent fait face à un vieillissement démographique accéléré, à la hausse des coûts des systèmes de retraite et de santé, ainsi qu’à un endettement public considérable. Tous ces pays disposent de systèmes de retraite coûteux et affichent des niveaux d’endettement public relativement élevés. Résultat : les jeunes ont le sentiment de supporter le poids d’une génération plus âgée, tandis que des budgets considérables sont consacrés aux dépenses militaires et au réarmement, au détriment des investissements dans leur avenir.
En France, par exemple, les personnes âgées de plus de 60 ans, qui représentent un quart de la population, détiennent près de 60 % du patrimoine, tandis que le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans atteint 21 %, l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. Ce contraste entre la richesse des seniors et l’incapacité des jeunes à accéder à un logement ou à un emploi décent constitue le véritable moteur de leur colère.
En Italie, le taux d’inflation dépasse la moyenne de la zone euro, tandis que les salaires reculent. Cette situation a poussé les manifestations à Milan et à Turin à dégénérer en actes de violence et en affrontements avec la police. En Espagne et au Portugal, la principale revendication concerne la crise du logement et l’envolée des loyers, ainsi que le rejet du « surtourisme », accusé de faire grimper le coût de la vie pour les habitants.
Sur le plan politique, les premiers signes montrent que ces manifestations commencent à produire des changements. En Serbie, des protestations étudiantes qui ont duré près de deux ans auraient conduit à la chute de l’ancien président Aleksandar Vučić lors des élections, une évolution considérée comme la preuve que la colère de la jeunesse peut provoquer une véritable percée politique.
Toutefois, dans des pays comme la France et l’Allemagne, la réponse des gouvernements oscille encore entre répression sécuritaire et promesses limitées. La France a déployé des forces militaires dans le cadre de l’opération Sentinelle, destinée à lutter contre le terrorisme, afin de renforcer la sécurité. Le gouvernement a également annoncé une enveloppe de quatre milliards d’euros pour la rénovation des écoles, mais les élèves jugent cette mesure insuffisante et maintiennent leurs revendications. En Allemagne, le gouvernement tente de contenir la colère par le dialogue, sans toutefois apporter de solutions radicales à la pénurie d’enseignants ou à la crise du logement.
Le risque le plus important pour les institutions européennes reste toutefois de voir cette colère contribuer à renforcer la montée de l’extrême droite. Certaines analyses estiment que les actes de violence commis par des groupes du « Black Bloc » servent de prétexte à l’extrême droite pour durcir son discours sécuritaire et nationaliste, en associant les manifestations au chaos et à l’insécurité. Parallèlement, l’incapacité des partis traditionnels, du centre comme de la gauche, à s’attaquer aux causes profondes de la crise ouvre la voie à un discours populiste susceptible de séduire une jeunesse désabusée.