Nation

Tebboune recadre Saïd Sayoud

Lors de sa rencontre périodique avec les médias nationaux

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a replacé les explications de la hausse des prix dans leur contexte habituel, lié à la spéculation et à l’exagération des marges bénéficiaires, lors de sa rencontre périodique avec les médias nationaux, hier soir. Il a rejeté les déclarations qu’il a jugées « exagérées » du ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, qui avait affirmé, il y a trois jours, que les prix des fruits et légumes avaient atteint des niveaux inédits depuis 60 ans, ajoutant que quiconque vend des tomates à 200 dinars n’aime ni les Algériens ni l’Algérie.

Cette déclaration n’est pas passée inaperçue auprès du président de la République, qui abordait la question de la cherté de la vie et de la hausse des prix, préoccupant une large frange de la population. Il l’a qualifiée de « erronée » et d’« inacceptable », avançant des explications qui traduisent sa volonté d’aborder le sujet de manière rationnelle, pragmatique et réaliste, en reliant le phénomène aux circonstances et aux causes réelles qui l’ont engendré. Il a souligné que l’Algérie avait déjà connu de telles situations par le passé.

Commentant ces propos, Tebboune a déclaré : « Quelqu’un affirme que nous n’avons pas vu de tels prix depuis 60 ans. Non, ce genre de propos ne doit pas être tenu. L’exagération n’est pas une bonne chose, et affirmer que les prix n’ont pas augmenté de cette manière depuis 60 ans est faux et inacceptable. » Il a expliqué que l’Algérie avait déjà connu des situations similaires à différentes périodes, « notamment à l’époque de la bande ».

Les expressions du visage du président, ses traits et son langage corporel durant son intervention traduisaient son agacement face à ce type de déclarations, qui abordent une question d’intérêt public majeure pour de larges catégories de la population de manière « générale et imprécise ». Les propos de Saïd Sayoud ont ainsi donné l’impression qu’il ne maîtrisait pas suffisamment le sujet et le phénomène, poussant le président à rectifier l’approche et la manière dont ce membre du gouvernement traite des questions aussi complexes.

La cherté de la vie et la hausse des prix restent des dossiers centraux qui s’imposent avec force, en raison de leurs liens étroits avec les conditions internationales, régionales et nationales. Elles ont conduit le gouvernement à prendre de nombreuses mesures, combinant sanctions, réglementation administrative et commerciale et remaniements gouvernementaux, notamment la restructuration du secteur du commerce, désormais réparti entre deux ministères. Cela montre l’importance accordée à cette question dans l’action gouvernementale. Les déclarations ministérielles vagues, susceptibles d’interprétations très larges et qui ne désignent pas précisément les dysfonctionnements, irritent le président.

La sensibilité de cette question et la nécessité de lui apporter des réponses précises plutôt que de se contenter de déclarations générales ressortent également des propos de Tebboune. Il a affirmé que la protection du pouvoir d’achat et la lutte contre la spéculation figuraient parmi les priorités, le citoyen constituant le fondement du processus de développement. Il a rappelé que l’État subventionne 26 produits de première nécessité, dont cinq produits agricoles saisonniers, et souligné que leurs prix ne devraient pas connaître de fortes hausses. Toute augmentation susceptible de survenir en raison des circonstances devrait rester dans des limites raisonnables, comprises entre 15 et 20 %.

Dans ce qui s’apparente à une mise au point, Tebboune a déclaré que les incendies survenus dans certaines wilayas au mois de juillet avaient affecté la disponibilité de certains produits, sans pour autant justifier des prix aussi élevés. Il a notamment évoqué l’ampleur du soutien dont bénéficie le secteur agricole, en particulier dans les domaines de l’électricité, de l’eau et des engrais, estimant que ces facteurs ne suffisaient pas à justifier les hausses constatées.

Le président a également révélé que les premières investigations en cours avaient conclu que la majorité des agriculteurs n’étaient pas responsables de la hausse actuelle des prix, reportant ainsi la responsabilité sur d’autres étapes de la chaîne de commercialisation des produits.

Pour Tebboune, l’exploitation des occasions par ceux qu’il a qualifiés de « parasites » constitue la principale explication de certaines des hausses enregistrées sur les marchés.