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Algérie–France : trois questions à l’expert Hosni Abidi

Le chercheur et universitaire spécialisé en relations internationales estime que les récents développements ne constituent pas encore une détente définitive des relations entre Alger et Paris

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Entretien réalisé par : Djamel. F

Le chercheur et universitaire spécialisé en relations internationales, Hosni Abidi, estime dans cet entretien accordé à El Khabar qu’il existe une volonté politique entre l’Algérie et la France d’éviter une nouvelle escalade et de ramener les relations à un niveau acceptable, même si plusieurs dossiers sensibles demeurent en suspens.

Comment analysez-vous les récentes initiatives françaises envers l’Algérie (retour de l’ambassadeur, visites officielles, coopération sécuritaire) ?


Le retour de l’ambassadeur français, ainsi que les visites effectuées par une ministre déléguée et d’autres responsables français, constituent des signes forts d’un retour de la dynamique dans les relations entre l’Algérie et la France. Il ne s’agit pas simplement d’un mouvement protocolaire, mais du début d’une reconstruction progressive des relations après une crise politique et économique ayant atteint un niveau élevé de tension.

Il y a également eu auparavant des visites de responsables français dans plusieurs domaines, notamment la présidente de l’Institut du monde arabe ainsi que des responsables du secteur sécuritaire. À cela s’ajoute la reprise de la coopération sécuritaire entre les services algériens et français, un élément très important dans ce rapprochement. Le dossier de l’expulsion des Algériens depuis la France connaît lui aussi une meilleure coordination qu’auparavant. Il s’agit d’un dossier sensible, mais qui évolue désormais dans un cadre plus pragmatique.

Par ailleurs, l’Algérie cherche à rétablir une situation normale après une période de tension liée à certaines déclarations et approches politiques françaises, notamment celles de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Quelle importance revêt la question mémorielle et la commémoration du 8 mai 1945 dans ce rapprochement entre les deux pays ?


La question mémorielle constitue en réalité le cœur même de la relation entre l’Algérie et la France. La participation de responsables français aux commémorations du 8 mai 1945 n’est pas un simple détail symbolique : elle revêt une portée politique et mémorielle importante, car elle est liée à une période coloniale sensible et à la question de la reconnaissance des crimes commis durant cette époque.

Le président français Emmanuel Macron semble vouloir terminer son mandat sans laisser ce dossier dans une situation de tension permanente, surtout après ses précédentes déclarations qualifiant les crimes coloniaux de crimes contre l’humanité.

D’autre part, il existe une pression interne en France, notamment à travers une pétition signée par plus de 65 députés demandant une reconnaissance officielle des événements du 8 mai 1945. Cela s’inscrit dans ce qu’on appelle la « réconciliation mémorielle », une tentative de refonder les relations historiques entre les deux pays sur des bases moins conflictuelles et davantage tournées vers la reconnaissance du passé.

Sommes-nous face à une véritable détente durable dans les relations ? Quel rôle joue la politique intérieure française dans ce processus ?


Ce que nous observons aujourd’hui relève davantage d’un début d’apaisement que d’un règlement définitif. Il existe une volonté politique des deux côtés d’éviter une nouvelle escalade et de rétablir les relations à un niveau acceptable, mais les dossiers sensibles restent nombreux.

Le retour de l’ambassadeur et les visites réciproques traduisent une volonté commune de reconstruire la confiance. Cependant, les relations algéro-françaises sont également devenues un enjeu de politique intérieure en France. Elles sont utilisées comme outil dans le débat électoral, notamment par la droite française, avec des figures telles que Bruno Retailleau, qui pourrait instrumentaliser ce dossier dans le cadre des prochaines échéances électorales.

Même certaines affaires individuelles, comme celle du journaliste Christophe Gleizes, pourraient s’inscrire dans ce climat d’apaisement et être réglées à travers des compromis ou une grâce présidentielle dans le cadre d’une réduction des tensions.

En définitive, la relation entre l’Algérie et la France est devenue complexe car elle mêle la dimension historique et mémorielle, la dimension diplomatique ainsi que les enjeux électoraux internes français. Nous sommes donc face à un processus progressif, et non à une normalisation définitive des relations.