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Fraude aux examens nationaux : des réseaux criminels impliqués

Cherchant à atteindre des objectifs sans lien avec les examens finaux.

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Le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed El Kamel Ben Boudiaf, a affirmé que les opérations de fraude aux examens nationaux sont désormais commises par des groupes criminels spécialisés, cherchant à atteindre des objectifs sans lien direct avec les examens eux-mêmes. Il a rappelé que le parquet est l’instance légalement habilitée à engager des poursuites contre les personnes impliquées, à veiller à l’application de la loi et à la protection de l’ordre public.

Il a expliqué que la rencontre organisée aujourd’hui s’inscrit dans le cadre du renforcement de la sensibilisation juridique à l’importance de protéger les examens contre toutes les formes de fraude, soulignant que l’intégrité des examens constitue un pilier essentiel pour garantir la crédibilité du système éducatif et préserver la valeur des diplômes.

Lors de son intervention, prononcée en son nom par le procureur général adjoint Mansour Fouad, à l’occasion de la journée d’étude intitulée « La protection pénale de l’intégrité des examens finaux du cycle moyen et secondaire entre approche préventive et répressive », Ben Boudiaf a indiqué que les infractions portant atteinte à l’intégrité des examens figurent parmi les principaux phénomènes ayant marqué ces dernières années, en raison de leur recrudescence.

Selon lui, ces actes sont commis soit par des élèves concernés par les examens du BEM et du baccalauréat, soit par d’autres parties utilisant des moyens technologiques modernes pour faciliter la fraude ainsi que la fuite des sujets et des réponses, ce qui complique souvent leur détection. Il a ajouté que ces actes sont désormais perpétrés par des réseaux criminels spécialisés poursuivant des objectifs étrangers aux examens eux-mêmes.

Le procureur général a mis en avant le rôle central du parquet dans la protection de l’intégrité des examens, en tant qu’autorité chargée de l’action publique, de l’application de la loi et de la protection de l’ordre public. Ce rôle se traduit notamment par des poursuites immédiates contre les auteurs de ces infractions, dans le cadre d’une politique pénale stricte fondée sur une coordination permanente avec les différents partenaires afin d’assurer une intervention rapide et efficace contre ces crimes qui portent atteinte à la crédibilité des examens et au principe de l’égalité des chances.

Il a également souligné que le rôle du parquet ne se limite pas à l’aspect répressif, mais comprend aussi une dimension préventive importante, à travers la coordination avec les services de sécurité et les institutions éducatives, ainsi que la surveillance de l’espace numérique et des réseaux sociaux afin de détecter toute tentative susceptible de perturber le bon déroulement des examens avant même leur lancement.

Les parquets de la République œuvrent également à diffuser la culture juridique autour de la gravité de ces actes et de leurs conséquences négatives sur la crédibilité des examens, renforçant ainsi la culture de l’intégrité et la dimension préventive de la politique pénale adoptée par le législateur algérien dans le cadre de la loi n°20-06.

De son côté, le président de la Cour d’Alger, Mohamed Boudarbala, a rappelé l’importance du contexte national marqué par l’approche des examens du BEM et du baccalauréat, considérés comme des rendez-vous nationaux majeurs où convergent les attentes des familles, les efforts de l’école et la responsabilité de l’État dans la garantie de l’égalité des chances et de l’équité dans l’évaluation.

Il a estimé que le choix de cette période pour organiser cette journée d’étude n’est pas fortuit, mais traduit une prise de conscience institutionnelle croissante selon laquelle la protection de l’intégrité des examens n’est plus une simple question administrative ou organisationnelle, mais une affaire liée directement à la confiance de la société dans l’école, à la crédibilité du diplôme national et à la qualité du parcours fondé sur les compétences scientifiques et professionnelles.

Il a ajouté que l’évolution technologique rapide a entraîné l’apparition de nouvelles formes complexes de criminalité liées à l’utilisation des moyens électroniques modernes, notamment les fraudes, les fuites de sujets, l’usurpation d’identité des candidats et l’exploitation des outils numériques pour perturber le déroulement normal des examens et concours.

Selon lui, la fraude aux examens n’est plus un simple comportement individuel à portée limitée, mais représente désormais, dans certaines situations, une véritable menace pour la sécurité scientifique de l’État et de la société. Il a souligné qu’un État qui fonde ses institutions sur le savoir et les compétences ne peut tolérer l’atteinte au mérite ni permettre l’obtention frauduleuse de diplômes et de qualifications scientifiques ou professionnelles.

Mohamed Bouderbala a affirmé que la gravité de ces crimes réside dans leur impact sur la confiance publique, la dévalorisation du savoir et l’atteinte au principe d’égalité entre les candidats, tout en créant un sentiment d’injustice chez les élèves méritants qui considèrent la réussite comme le fruit du travail et non de la fraude.

Dans ce contexte, il a expliqué que l’intervention du législateur algérien à travers la loi n°20-06 modifiant le Code pénal traduit un tournant clair dans la politique pénale de l’État, afin d’affirmer que l’intégrité des examens constitue désormais un intérêt fondamental bénéficiant d’une protection pénale explicite en raison de son lien étroit avec la sécurité scientifique de la société et la crédibilité des compétences nationales.

Enfin, les participants à cette journée d’étude ont recommandé la mise à disposition d’appareils de détection des outils de fraude électronique dans les centres d’examen ainsi que de systèmes de brouillage des moyens de communication à distance.

Ils ont également appelé les secteurs de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale à adopter une stratégie globale de lutte contre la fraude, fondée sur des études approfondies pour comprendre les causes du phénomène et mettre en place des solutions adaptées, tout en criminalisant la falsification des résultats d’examens, les modifications illégales des notes et la diffusion de fausses rumeurs concernant des fuites de sujets.

Les participants ont aussi insisté sur la nécessité d’adopter des procédures spécifiques pour les enquêtes et les procès liés à ce type de crimes, tout en renforçant le rôle des médias à travers des programmes de sensibilisation et en associant les mosquées à travers des conférences religieuses expliquant les dangers de la fraude et son incompatibilité avec les principes religieux et les valeurs éducatives.