Par: Otmane: Lahiani
Pourquoi la dernière opération sécuritaire menée par le service central de répression et de lutte contre le trafic de stupéfiants apparaît-elle comme exceptionnelle par son ampleur ? Et pourquoi la saisie de 10 millions de comprimés de stupéfiants en une seule opération constitue-t-elle un chiffre aussi important qu’effrayant ?
En revenant aux données statistiques, il apparaît que ce chiffre équivaut au total des quantités saisies durant toute l’année 2024, soit 10 millions de comprimés, et représente près de la moitié des quantités saisies en l’espace de dix mois, jusqu’au mois d’octobre 2025, soit 25 millions de comprimés.
Ces chiffres officiels avaient été communiqués par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans le discours qu’il avait prononcé au siège du ministère de la Défense nationale devant les commandants et officiers de l’Armée nationale populaire, le 10 octobre 2025.
Ces données sont également importantes pour comprendre l’évolution de cette criminalité, structurellement complexe, imbriquée et multiforme, compte tenu des graves dommages qu’elle cause à l’État et à la société, ainsi que de ses liens avec les crimes de corruption, l’atteinte aux valeurs de la société et à la sécurité, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et autres infractions.
Cette comparaison statistique révèle une réalité : il existe une tendance dangereuse dans l’afflux de stupéfiants vers l’Algérie, que l’on peut considérer comme une forme de « guerre » non déclarée contre le pays.
Dans le même discours, le président Tebboune avait considéré que la guerre contre la drogue était une « véritable bataille » visant à détruire les forces vives du pays, dans le cadre d’un plan ciblant la jeunesse algérienne à travers une tentative d’invasion du pays par la drogue. Il avait également averti que « des tentatives existent pour répandre la drogue jusque chez les adolescents dans les écoles ».
À ce propos, le premier à avoir utilisé l’expression « guerre de la drogue déclarée contre l’Algérie » est l’ancien président de l’Observatoire national des droits de l’Homme, Farouk Ksentini, en 2013, soit il y a treize ans.
En février de la même année, l’Algérie et le Maroc étaient parvenus à des ententes visant à améliorer leurs relations, comprenant quatre mesures, dont l’engagement du Maroc à mettre fin au flux de stupéfiants. Ces ententes n’avaient toutefois duré que quatre mois, jusqu’en juin 2013.
On peut constater que la nouvelle route de trafic de stupéfiants la plus importante apparue ces derniers temps est celle du Sahel et du Sud, en raison de sa vulnérabilité résultant de la faible présence de l’État dans la région du Sahel et en Libye.
Cette route offre également des possibilités sur le terrain pour une convergence d’intérêts entre les réseaux de trafic de drogue, les groupes terroristes et les milices armées qui contrôlent certaines zones du sud de la Libye.
Outre le Maroc, les autorités algériennes disposent de suffisamment d’éléments concernant l’implication d’un acteur libyen soutenu par les Émirats arabes unis dans la commercialisation et l’inondation de l’Algérie par des comprimés fabriqués dans plusieurs ateliers, reproduisant l’expérience de production du Captagon par l’ancien régime syrien.
Le 27 juillet 2023, El Khabar avait publié des informations citant des sources responsables faisant état de l’implication de responsables émiratis dans des tentatives visant à « inonder ce pays de plus de 2,45 millions de comprimés psychotropes », une opération dirigée par le fils du maréchal Khalifa Haftar, ainsi que d’une dernière tentative, qui avait échoué grâce à la vigilance des forces déployées le long de notre frontière, visant à introduire 1,7 million de comprimés psychotropes en Algérie.
Ces informations avaient été publiées directement après l’échec de cette opération par les services de sécurité algériens. Cela signifie que la guerre de la drogue déclarée contre l’Algérie emprunte désormais plusieurs voies : le cannabis en provenance du Maroc et les comprimés fabriqués et acheminés depuis le Sud et le Sud-Est.
Ce qui aggrave le problème, c’est que la fabrication de ce type de comprimés, plus dangereux que le cannabis pour la santé individuelle, la sécurité publique et la paix civile, ne nécessite que de très petites surfaces, dissimulées aux regards, contrairement aux plantations de cannabis et autres cultures.
Cette situation impose à l’Algérie de faire évoluer sa stratégie de défense vers une action préventive, avant même que les cargaisons n’atteignent le territoire algérien, et de réfléchir à des mesures anticipatives pour y faire face sous différentes formes, quitte à mener des actions préventives ciblées contre les infrastructures de production de ces comprimés.
En plus de tous les moyens et instruments déjà mobilisés pour faire face à cette guerre de la drogue déclarée contre l’Algérie, il semble nécessaire d’intégrer les réseaux de trafic de drogue dans la même logique que le terrorisme et de les traiter sur cette base, avec la même rigueur sécuritaire et militaire que les groupes terroristes, dans la mesure où leur activité porte également atteinte à la paix civile et sociale.
C’est notamment ce qui s’est produit en mars 2026, lorsque le ministère de la Défense nationale avait annoncé l’élimination d’un trafiquant armé, la récupération de trois armes automatiques et de munitions qu’il détenait, ainsi que la saisie d’une importante quantité de 1,5 million de comprimés psychotropes, lors d’une embuscade tendue par l’Armée dans la région d’Arak, dans la wilaya de Tamanrasset.
Auparavant, quatre trafiquants armés avaient été éliminés dans la même région et 1,6 million de comprimés psychotropes saisis.
Les forces de l’Armée avaient également éliminé, à la fin du mois de janvier dernier, trois trafiquants de drogue de nationalité marocaine et arrêté un quatrième. Ils étaient en possession d’une quantité de drogue et d’une arme, dans la région de Ghanama, dans la wilaya de Béchar.
Ce qui est frappant, c’est que l’ensemble du tissu politique et social algérien commence à prendre clairement conscience que les réseaux de trafic de drogue commencent à revêtir un caractère armé et cherchent à contrôler certaines zones d’activité.
Ils entretiennent parallèlement des liens directs avec les groupes terroristes, le trafic d’armes et la traite des êtres humains, entre autres activités, qui constituent toutes des menaces sérieuses.
Par ailleurs, face à l’augmentation du trafic et du commerce de stupéfiants, et parallèlement au développement par les services de sécurité de leurs moyens d’action et de leur capacité à suivre les réseaux de trafic et de commerce de drogue, ainsi qu’à l’actualisation de la législation et à l’instauration de la peine de mort pour les grands trafiquants et revendeurs, on observe également une prise de conscience sociale et une forte mobilisation citoyenne.
Cette mobilisation s’explique par la prise de conscience croissante des dangers liés à l’expansion du fléau de la drogue et de son impact direct sur la vie et la sécurité des citoyens.
Elle se traduit notamment par une coopération accrue des citoyens avec les services de sécurité et par le développement d’une culture du signalement, contribuant ainsi au démantèlement et au démantèlement des structures de ces réseaux criminels.
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