Paris a choisi le Kenya, pays anglophone, pour accueillir à Nairobi le sommet « Africa Forward » et a remplacé le slogan français par un autre en anglais, alors que ce type de sommet se tenait jusque-là exclusivement dans les pays africains francophones. Tout cela afin que le président Macron puisse affirmer que la France a changé et qu’il n’existe plus de politique de « Françafrique ». S’agit-il réellement d’une nouvelle orientation de la politique de l’Élysée ? Ou simplement d’une manœuvre pour revenir par la fenêtre après avoir été expulsée, avec son armée, par la porte de la région du Sahel ?
Pour attirer les chefs d’État et de gouvernement au sommet de Nairobi — malgré leur faible nombre — le président français n’a trouvé aucun inconvénient à remplacer la langue française par l’anglais afin de transmettre les messages de la France concernant la coopération et le partenariat avec les pays africains. Devant le sommet « Africa Forward » à Nairobi, il a réaffirmé que l’ère des pratiques liées à la politique de « Françafrique » avait pris fin depuis 2017 et qu’elle avait été remplacée, selon lui, par de nouvelles règles fondées sur « un partenariat équitable et le respect de la souveraineté » des pays du continent africain.
Macron est même allé plus loin en déclarant, sans la moindre gêne, que les Français seraient les véritables défenseurs de l’unité africaine et du « panafricanisme », alors que tout le monde sait que la France a brisé et étouffé cette pensée ainsi que ses promoteurs parmi les dirigeants africains.
La France a-t-elle réellement changé son regard sur les Africains lorsque lAssemblée générale des Nations unies (123 pays) a voté, le 25 mars 2026, uneune résolution qualifiant la traite des esclaves africains de « crime le plus grave contre l’humanité » ? La France, aux côtés d’autres pays européens, s’est abstenue lors du vote de cette résolution condamnant l’esclavage et la traite transatlantique. Paris a justifié sa position, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, en affirmant que cette abstention ne signifiait pas une minimisation de l’horreur de lesclavage, mais reflétait une position de principe refusant ce qu’il a appelé « l’établissement d’une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité ».
Mais entre le discours diplomatique et la réalité des pratiques, faut-il croire le chef de la diplomatie française ou le maire de Vierzon, en France, qui a interdit une cérémonie en hommage aux « victimes de l’esclavage » sous prétexte de contraintes économiques ? Ceécision ne serait qu’un épisode supplémentaire après les déclarations de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, qui avait affirmé que la colonisation « n’était pas un crime ».
Dans ce contexte, le dossier de la restitution des biens patrimoniaux et culturels pillés durant la période coloniale en Afrique — notamment le canon Baba Merzoug — reste non résolu, malgré les six années écoulées depuis la promesse faite par Macron en 2017 à Ouagadougou.
Paris possède une grande expérience dans les opérations de « lifting » destinées à masquer les défauts de son opportunisme diplomatique, notamment dans sa gestion des questions d’histoire et de mémoire dans ses anciennes colonies. Mais ce discours de Macron ne diffère en rien de l’ancien disque rayé que plus personne ne croit sur le continent, ni les peuples ni les gouvernements, car seul le façade a changé. La France ne sest pas débarrassée de sa pensée coloniale et poursuit la même politique de « Françafrique » dans son traitement des questions et revendications africaines. Résultat : Paris a perdu de son influence dans la région, son impact a diminué, et elle a été contrainte de retirer ses soldats de plusieurs pays africains qu’elle considérait autrefois comme son arrière-cour.
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