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Première apparition médiatique du secrétaire général du « Front de libération de l’Azawad »

Il a abordé les questions de la séparation, des négociations et des récents affrontements militaires

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Lors de sa première apparition médiatique depuis la suspension de l’Accord pour la paix et la réconciliation il y a deux ans et la reprise des affrontements au Mali, le secrétaire général du « Front de libération de l’Azawad », Bilal Ag Cherif, a affirmé hier qu’« il n’existe actuellement aucun acteur ou cadre au pouvoir au Mali avec lequel il soit possible de dialoguer au sujet d’un éventuel règlement, car toutes les ententes et tous les accords ont été déchirés, des guerres ont été menées contre nous, des massacres, des déplacements forcés et des destructions ont eu lieu ; il n’existe donc plus de base de référence sur laquelle construire ».

Dans un entretien accordé à Al Hadath, le dirigeant du mouvement a ajouté que, malgré les divergences politiques et la marginalisation de la question de l’Azawad dans les différents accords acceptés par les groupes azawadis — notamment l’Accord d’Alger de 2015, qu’ils disent avoir respecté — le président malien Assimi Goïta a annulé l’accord unilatéralement et lancé une campagne militaire avec l’appui des mercenaires de Wagner Group, sans réaction de la communauté internationale.

Interrogé sur leur volonté d’obtenir l’indépendance ou de revenir à l’Accord d’Alger, Bilal Ag Cherif a déclaré que les Azawadis souhaitent vivre « libres et dignes sur leur terre », affirmant qu’ils ont le droit de vivre selon toute formule politique ou tout accord conclu avec une partie légitime.

Le responsable a ajouté que la séparation constitue « une aspiration légitime et non un crime », tout en précisant que le « Front de libération de l’Azawad » ainsi que les précédents mouvements azawadis ont toujours fait preuve de réalisme politique et sont restés ouverts à toutes les solutions garantissant aux populations de l’Azawad la gestion de leurs propres affaires.

Concernant le drapeau brandi par les combattants de l’Azawad, il a estimé que plusieurs États disposent de symboles multiples et que l’Azawad a le droit d’adopter un emblème reflétant son identité culturelle et civilisationnelle dans le cadre d’une structure politique consensuelle.

Par ailleurs, Bilal Ag Cherif a appelé la Russie à revoir sa position dans le conflit et à corriger son approche, affirmant que le mouvement reste ouvert au dialogue avec Moscou ainsi qu’avec les différentes initiatives de règlement.

Au sujet d’un éventuel dialogue avec les autorités de Bamako, il a déclaré qu’ils ne voient « aucun interlocuteur crédible » dans la capitale malienne, accusant le pouvoir de les avoir qualifiés de terroristes alors qu’ils n’ont, selon lui, « ni ciblé des civils ni commis d’attentats ».

Concernant une possible reprise des négociations, il a assuré que les Azawadis sont prêts à dialoguer sans conditions préalables afin d’obtenir un statut politique permettant à l’Azawad de gérer ses propres affaires et d’éviter un retour à la guerre, « tout en tenant compte des intérêts et des inquiétudes de toutes les parties ».

Il a également affirmé que chaque pays a le droit de défendre ses intérêts économiques — y compris les pays voisins, la Russie, les États-Unis et la France — « mais pas au prix des vies de nos enfants et de nos mères ».

Interrogé sur les accusations d’alliance avec le groupe Jama'at Nasr al-Islam wal-Muslimin, il a répondu que cette organisation compte de nombreux membres originaires de l’Azawad et partage les réalités du peuple local, tout en précisant que leur divergence porte sur « l’approche expansionniste » du groupe.

Il a nié l’existence d’une alliance formelle, évoquant seulement « une présence dans la même région et un ennemi commun ». Selon lui, la situation actuelle ne repose plus sur aucun cadre de référence clair, accusant le régime de Bamako d’avoir « rompu tous ses engagements envers le Nord » et lancé « une vaste campagne de répression » contre les civils fuyant les combats vers les frontières algérienne et mauritanienne.

Enfin, Bilal Ag Cherif a révélé qu’ils avaient demandé au groupe jihadiste de modifier sa stratégie et d’adopter une approche plus locale et adaptée aux réalités sociales de l’Azawad et du Mali, dans le but de construire un terrain d’entente entre les différentes composantes de l’Azawad et d’éviter la poursuite du conflit après un éventuel règlement avec le Sud et la chute du régime de Bamako.

Questionné sur leurs objectifs militaires, il a répondu que leur priorité reste l’Azawad, tout en précisant que les frappes aériennes quotidiennes menées par Bamako les poussent à envisager toutes les options sur le terrain face à ce qu’il a qualifié de « comportement des dirigeants maliens ».