Les mesures annoncées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour encadrer les prix des produits de consommation de première nécessité et garantir leur disponibilité imposent une réorganisation du commerce de gros. Celle-ci passerait par la création de grands pôles commerciaux soumis à un contrôle, permettant de suivre les marchandises, les stocks, les transactions financières et les circuits de vente, du producteur et de l’importateur jusqu’au consommateur. L’objectif est de limiter la multiplication des intermédiaires fictifs et la spéculation, tout en renforçant la transparence du marché.
Le contrôle des prix ne devrait pas se limiter à l’examen des factures et à la multiplication de sorties ponctuelles des agents de contrôle, organisées devant les caméras des sites d’information. Il exige également de connaître les quantités produites et importées, les volumes des stocks, les sources d’approvisionnement ainsi que les marges bénéficiaires à chaque étape de la commercialisation.
La réalité des marchés informels, à l’image du marché de Semmar, dans la capitale, et d’autres marchés similaires, met en évidence la difficulté de suivre ces circuits, en raison de la dispersion des entrepôts et de la multiplication des points de vente. Cela ne signifie toutefois pas que ces marchés soient les seuls responsables des déséquilibres des prix.
Dans ce contexte, les propositions visant à créer de grands marchés sont évoquées comme l’une des options envisagées pour réorganiser le commerce de gros. Un projet élaboré précédemment par des experts et des professionnels prévoyait l’aménagement de vastes espaces le long des principaux axes routiers afin d’y établir de grands pôles commerciaux, avec une superficie minimale de 500 mètres carrés par local. Le projet prévoyait également des espaces réservés aux produits alimentaires et aux équipements électroménagers, des installations frigorifiques, des agences bancaires, des terminaux de paiement électronique ainsi que des structures permanentes de contrôle de la qualité. Le regroupement des opérateurs permettrait ainsi de faciliter le contrôle des marchandises, des transactions commerciales et des circuits de distribution.
Ces propositions prévoyaient également la création d’espaces similaires dans l’est et l’ouest du pays, afin de constituer un réseau national de marchés de gros organisés. Cette démarche permettrait de réduire la pression sur les entrepôts et les commerces disséminés dans le tissu urbain, lesquels restent un maillon de la chaîne de spéculation et du commerce de détail échappant aux règles du marché, tout en servant de point de chute aux camions des réseaux de vente finale des produits de première nécessité.
Ces pôles permettraient de regrouper les opérateurs et de faciliter le contrôle de la facturation, de la circulation des marchandises, du stockage et de la qualité des produits. Ils offriraient également des données précises sur les quantités entrant sur le marché et en sortant, les sources d’approvisionnement et les bénéficiaires de la distribution. Il deviendrait ainsi possible de localiser les dysfonctionnements, qu’ils soient liés à une hausse des prix à la production ou à l’importation, à l’augmentation excessive des marges bénéficiaires au stade de l’intermédiation ou à la rétention de marchandises en dehors des circuits habituels d’approvisionnement.
Organiser le stockage et contrôler le commerce anarchique
Ce dispositif revêt une importance supplémentaire dans le contexte des mesures présidentielles relatives à l’organisation de l’activité des intermédiaires. Il est prévu d’identifier ces derniers, de mener des enquêtes approfondies sur leurs activités, de plafonner leurs prix et leurs marges bénéficiaires, ainsi que de créer une base de données numérique permettant le suivi quotidien de leurs opérations, qu’il s’agisse des fruits et légumes, des produits alimentaires et des denrées d’approvisionnement, notamment sur les quais des ports de pêche maritime répartis le long du littoral national.
Le mécanisme d’achat des excédents de la production locale, de leur stockage puis de leur mise sur le marché dès l’apparition de signes de hausse des prix pourrait également être renforcé. Il reposerait sur des entrepôts équipés et des registres précis des entrées et des sorties, ainsi que sur le contrôle des conditions de conservation et des transactions financières, afin d’éviter que le stockage ne devienne un moyen de dissimuler les marchandises. Ce dispositif permettrait aussi de réduire les pertes de produits périssables et d’améliorer leur répartition entre les wilayas, en coordination avec les producteurs, les importateurs, les grossistes, les autorités locales et les services du commerce.
La réforme ne saurait être complète sans l’organisation de l’activité des commerçants ambulants et l’élimination du commerce anarchique, ou du phénomène dit du « trabendo », qui a contribué à la disparition du commerce organisé. Elle nécessite également un renforcement des contrôles aux abords des marchés de gros et jusque dans les abattoirs de bétail et de volailles, notamment la nuit.
Des inquiétudes portent en effet sur l’existence de réseaux qui achèteraient les produits directement auprès des producteurs, voire des importateurs ou aux abords des marchés, avant de les revendre dans d’autres régions à des prix élevés, en dehors des circuits habituels de distribution et de facturation. Lorsque ces pratiques sont avérées, elles nécessitent un suivi rigoureux des marchandises et une lutte contre la multiplication injustifiée des intermédiaires, ainsi que l’obligation pour les commerçants ambulants d’exercer dans des espaces définis et soumis au contrôle.
Parallèlement, il est nécessaire de réhabiliter les marchés couverts, progressivement délaissés au profit du commerce anarchique dans les rues et sur les routes. Cela suppose de réaménager ces marchés, de moderniser leurs installations, d’améliorer les conditions d’approvisionnement, de stockage et d’hygiène, et de mettre à la disposition des commerçants réguliers des espaces adaptés. Ils pourraient ainsi retrouver leur rôle et leur vocation : rapprocher les produits des consommateurs et offrir une véritable alternative au commerce informel.
Le défi ne consiste pas seulement à intensifier les contrôles et à imposer des sanctions ponctuelles, mais à mettre en place un système intégré associant marchés de gros organisés, traçabilité numérique des marchandises et des transactions, contrôle des stocks et des factures, encadrement des intermédiaires et de leurs marges bénéficiaires, ainsi que garantie d’une concurrence équitable.
Plus les sources d’approvisionnement, les quantités disponibles et les circuits de distribution seront transparents, plus les autorités seront en mesure d’intervenir de manière préventive pour lutter contre les pénuries et la spéculation, stabiliser davantage les prix et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Commentaires
Participez Connectez-vous
Déconnexion
Les commentaires sont désactivés pour cet publication.