L’ancien diplomate et ambassadeur d’Algérie à Madrid, Abdelaziz Rahabi, a mis en garde contre des manœuvres américaines et françaises visant à réorienter le processus de règlement de la question du Sahara occidental. Il estime que les démarches en cours au sein du Conseil de sécurité visent à transformer la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) en un instrument destiné à faire adopter le plan marocain d’autonomie, au détriment de sa mission initiale, qui consiste à organiser un référendum d’autodétermination.
Dans une contribution publiée hier sur son compte personnel sur la plateforme X, consacrée à l’évolution de la question sahraouie, Rahabi a expliqué que le Conseil de sécurité se réunirait à la fin du mois en cours pour voter une résolution sur le Sahara occidental et la MINURSO, créée en avril 1991 afin de surveiller le cessez-le-feu entre le Front Polisario et le Maroc.
Il a indiqué que cet accord avait été conclu sous la pression des alliés occidentaux du Maroc et de pays du Golfe, préoccupés par la supériorité militaire des Sahraouis sur le terrain. L’Algérie, quant à elle, avait soutenu avec enthousiasme le processus de règlement sous l’égide de l’ONU, malgré les réserves des Sahraouis.
Il a ajouté que les appels de plusieurs pays, dont l’Algérie, en faveur d’un élargissement du mandat de la mission afin d’y inclure la surveillance des droits de l’homme au Sahara occidental, à l’instar des autres missions de maintien de la paix des Nations unies, n’avaient donné aucun résultat. Il a également souligné qu’une tendance se dessinait en faveur du démantèlement de la MINURSO, y compris de sa mission initiale d’organisation d’un référendum d’autodétermination, du changement de son appellation en « MINUSO » (Minuso) et de la fin de son mandat de maintien de la paix avant mai 2027.
Le rôle de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU
Rahabi s’est également arrêté sur le rôle de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura, qui, selon lui, éprouve des difficultés à préserver les principes de neutralité, d’objectivité et d’égalité entre le Front Polisario et le Maroc.
Il a évoqué le renforcement de son rôle et l’élargissement de ses missions afin de rechercher d’autres représentants du peuple sahraoui, plus souples, qu’ils soient issus de la diaspora sahraouie ou même des camps de réfugiés, parallèlement au Front Polisario, que les Nations unies continuent de reconnaître comme le représentant légitime du peuple sahraoui.
L’ancien diplomate estime que cette démarche n’a rien de nouveau ni de surprenant, dans un contexte marqué par la poursuite d’une campagne d’influence et de propagande lancée par certains membres du Sénat américain pour présenter le Front Polisario comme un groupe terroriste.
Selon lui, l’objectif est de faire reconnaître un deuxième représentant sahraoui, qui a déjà été désigné, promu et encouragé, et qui a été reçu en juin dernier par les ambassadeurs américain et français auprès des Nations unies.
Rahabi considère que l’Algérie est indirectement visée par cette démarche, à travers sa présentation comme un État soutenant un « groupe terroriste », servant de relais à l’Iran et hostile à Israël. Il a également souligné que le pays faisait l’objet de pressions visant à pousser ses élites vers ce qu’il a qualifié de « réveil pragmatique » dominant, au service de la diplomatie transactionnelle menée par l’administration du président américain Donald Trump.
Il estime que les véritables conséquences de cette politique sur la région ne se manifesteront qu’après la fin du mandat de ce dernier.
Dans ce contexte, il a relevé le paradoxe consistant à demander à l’Algérie et au Front Polisario d’assumer le coût diplomatique de l’accord ayant permis la reprise des relations entre le Maroc et Israël, en contrepartie de la reconnaissance par les États-Unis du fait accompli au Sahara occidental, le 10 décembre 2020.
L’avenir des réfugiés et le droit à l’autodétermination
Concernant l’avenir des réfugiés sahraouis accueillis par l’Algérie, Rahabi a affirmé qu’ils étaient victimes de l’occupation de leurs terres depuis cinquante ans et qu’ils jouissaient, à ce titre, d’un droit inaliénable et non négociable au retour, à l’expression de leur choix et à l’autodétermination.
Il a critiqué les propositions occidentales présentées au Conseil de sécurité visant à mettre en place un financement international pour des solutions individuelles et volontaires. Selon lui, ces propositions risquent, comme dans le cas des habitants de Gaza, de transformer des personnes contraintes à l’exil en apatrides.
Il a également évoqué la proposition de l’Espagne, qu’il a qualifiée de dérisoire, consistant à réattribuer la nationalité espagnole à une partie des Sahraouis qui vivaient sous son administration, avant que Madrid ne les abandonne en 1975, durant les derniers jours du régime du général Franco.
En revanche, Rahabi a souligné que la Quatrième Commission avait adressé un message fort de la communauté internationale concernant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Il estime que l’Assemblée générale des Nations unies constitue le véritable cadre de représentation des États et des peuples sur la base de l’égalité souveraine, tandis que le Conseil de sécurité reflète l’équilibre des puissances militaires issu de la Seconde Guerre mondiale.
Il a ajouté que la Russie et la Chine s’efforçaient de préserver le fragile équilibre au sein du Conseil, alors qu’aucun signe ne laisse présager, dans un avenir proche, une réforme de cette instance qui tiendrait compte de la réalité du monde émergent.
Critiques de la position occidentale et des conditions imposées aux négociations
Rahabi a critiqué la position des trois pays occidentaux membres du Conseil de sécurité, qui considèrent le plan marocain d’autonomie comme la seule base de négociation en vue de parvenir à une « solution mutuellement acceptable », ainsi que comme la seule solution réalisable à la question sahraouie. Ils exigent que toute proposition s’inscrive dans ce cadre.
Il estime que cette condition impose aux négociations internationales des restrictions inacceptables par principe et risque de priver le processus politique actuel de toute crédibilité.
Il a également indiqué que les États-Unis, qui sont chargés de présenter le projet de résolution sur la question sahraouie, menaçaient de prendre de « nouvelles mesures », sans en préciser la nature, si les parties ne s’engageaient pas de manière constructive dans le processus politique.
Selon lui, ces termes sont peu compatibles avec une diplomatie fondée sur le consensus et traduisent davantage, pour reprendre son expression, l’arrogance de la puissance et un sentiment d’impunité.
Il a ajouté que les Sahraouis étaient, depuis cinq décennies, les principales victimes de la prolongation du conflit, alors même que la durée de la question était invoquée pour justifier l’accélération du processus en cours.
Il a critiqué les tentatives visant, depuis quarante ans, à enfermer le peuple sahraoui dans une formule ambiguë, celle de « l’indépendance dans le cadre d’une coopération mutuelle », comme si le Maroc constituait, selon ses termes, un modèle de démocratie et que le Sahara occidental était une terre abandonnée, dépourvue de peuple et d’histoire.
Dans ce contexte, Rahabi a estimé que le président Abdelmadjid Tebboune avait raison de replacer le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination au cœur de tout processus de règlement.
L’ancien diplomate a insisté sur le fait que les États-Unis, en tant qu’acteur principal du dossier, devaient tenir compte d’une réalité essentielle : les dirigeants sahraouis n’ont ni la capacité ni le droit de décider du sort de leur peuple sans consulter directement celui-ci, à l’abri de toute contrainte et de toute ingérence étrangère.
Il a ajouté que le règlement pourrait prendre beaucoup de temps et passerait nécessairement par des négociations directes entre le Front Polisario et le Maroc, sans être exclusivement soumis aux agendas internes du président américain Donald Trump et du roi du Maroc Mohammed VI.
En conclusion, Rahabi a exprimé sa crainte que les conditions nécessaires à la tenue de négociations libres de toute contrainte ne soient pas réunies et que le processus actuel échoue une nouvelle fois à amorcer le règlement de la tragédie vécue par le peuple sahraoui.
Celui-ci n’est désormais plus considéré, selon ses termes, comme une victime du colonialisme, mais comme un obstacle au projet de redéfinition de l’Afrique du Nord.
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