Nation

Macron: l’histoire et les “mabouls” de Paris

Paris a-t-elle enfin compris que le train de l’Algérie est passé sans s’arrêter à sa gare ?

  • 7
  • 4:33 Min

Le président Emmanuel Macron n’a pas trouvé de réponse à son problème : « Que faire avec l’Algérie ? », afin que l’Histoire ne le juge pas — tantôt pour avoir nié l’existence d’une nation algérienne, une erreur que le pape du Vatican lui a rappelée après son énorme faux pas, tantôt pour avoir terminé son mandat présidentiel comme le premier président français à provoquer la plus grave crise politique et diplomatique avec l’Algérie. Et pour ceux qui le savent, il ne s’agit pas seulement d’un échec dans le bilan du locataire de l’Élysée, mais aussi d’un cri de douleur lancé par le président du MEDEF, Patrick Martin, lorsqu’il a reconnu que « des pays ont pris la place de la France en Algérie, notamment l’Italie, l’Allemagne et la Turquie ».

Paris a-t-elle donc enfin compris, après de longs mois de « diabolisation » de l’Algérie, que le train est passé sans s’arrêter comme elle l’espérait à sa gare ? Lorsque le patron du patronat français est rentré en France pour présenter son rapport sur sa visite en Algérie, l’Organisation des hommes d’affaires algériens se préparait, elle, à se rendre au sommet de l’investissement aux États-Unis à la tête d’une importante délégation, afin d’examiner les opportunités de partenariat et de coopération économique pour dynamiser l’axe Alger-Washington, dans le cadre de la diversification des partenaires commerciaux et économiques de l’Algérie.

Cette douleur ressentie par le président du MEDEF français, pleinement conscient des avantages commerciaux et financiers que Paris tirait de ses relations privilégiées avec l’Algérie, dépasse l’entendement des politiciens français comme Jordan Bardella, Bruno Retailleau, Éric Ciotti et Sarah Knafo, qui vivent encore dans un vieux récit français dépassé, croyant que l’Algérie a désespérément besoin de la France. Ils auraient pu poser la question à ChatGPT pour obtenir une réponse certaine, afin d’éviter que Sarah Knafo, proche d’Éric Zemmour, ne se ridiculise en réclamant un « divorce définitif avec l’Algérie », après avoir échoué même à gagner les voix de la mairie de Paris.

Quand le volume du partenariat avec la Turquie atteint près de 10 milliards de dollars, et celui avec la Chine plus de 15 milliards, tandis que l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la Russie, mais aussi la Roumanie, la Slovaquie et la Pologne à l’Est, ainsi que l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Afrique du Sud et l’Inde au Sud, figurent parmi les partenaires actifs des échanges commerciaux et économiques avec l’Algérie, parler encore de « divorce » revient à quelqu’un qui a raté le train mais continue de courir derrière lui par entêtement, espérant le rattraper à la dernière station à travers ce que Retailleau appelle « le rapport de force » avec l’Algérie pour la contraindre à céder — comme si Paris était encore celle qui accordait les visas à ceux qui souhaitent aller en Algérie.

Il n’est donc pas surprenant que face à la hausse des prix du carburant en France, sans que le gouvernement français ne dispose de véritables solutions, avec des caisses de l’État vides et une dette se chiffrant en milliers de milliards, certains veuillent transformer l’Algérie en « carburant » politique de substitution afin de flatter l’électorat de l’extrême droite, des pieds-noirs et des harkis, dans le but de renforcer les chances de candidats peu favorisés dans la course à la succession de Macron.

En plus de fuir les véritables revendications des Français en cherchant à faire de l’Algérie une « affaire intérieure » française, les figures de la droite et de l’extrême droite françaises semblent oublier, ne serait-ce qu’un instant, les difficultés quotidiennes des Français devant les stations-service. Un comportement peu éthique envers leur propre peuple, car leur classe politique les trompe et révèle en même temps que l’Algérie demeure une obsession éternelle pour ce courant politique, qui reconnaît intérieurement qu’il perdra tout parce qu’il ne s’est jamais libéré de son passé colonial et continue de rêver de rejouer sa guerre en Algérie.

Lorsque la Suisse, connue pour son secret bancaire, et l’Espagne répondent aux commissions rogatoires envoyées par l’Algérie dans le cadre de la récupération des fonds détournés durant l’ère de « la bande », tandis que la France refuse de répondre à 61 commissions rogatoires concernant le même dossier, cela constitue plus qu’un simple indice : cela montre que la justice française, hier comme aujourd’hui, n’est pas aussi irréprochable qu’on veut le faire croire. Paris se place elle-même dans une position d’accusée en entravant les intérêts de l’Algérie et en ne respectant même pas ses engagements les plus élémentaires dans les accords bilatéraux judiciaires, sécuritaires et commerciaux.

Et lorsque l’avocat Nabil Boudi, représentant la partie algérienne à Paris, annonce avoir « déposé une plainte contre le fils de Nicolas Sarkozy pour incitation à brûler l’ambassade d’Algérie en France lors d’une émission télévisée, mais que le tribunal l’a rejetée », cela rappelle aussi le cas de Zinedine Zidane, qui a pourtant fait la gloire du football français, mais auquel l’ancien président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, avait répondu avec mépris : « C’est qui, ce Zidane ? »

Nous aurions presque oublié, dans la France coloniale, mais la liste des « fous », comme l’a dit Macron, descendants de cette époque — Retailleau, Ciotti, Bardella, Knafo, Zemmour, Xavier Driencourt ou encore Vincent Bolloré — est toujours là pour nous rappeler que notre attachement à la souveraineté, à l’indépendance, ainsi qu’à la demande de reconnaissance et d’excuses pour leurs crimes, ne disparaîtra jamais, peu importe le temps qui passe.