Nation

« Le discours populiste marque les premiers jours de la course aux législatives »

La sociologue Thouraya Tidjani analyse le lancement de la campagne électorale dans une déclaration à El Khabar

  • 1
  • 3:22 Min

La chercheuse en sociologie, Thouraya Tidjani, estime que les premiers jours de la campagne électorale ont révélé plusieurs dysfonctionnements, au premier rang desquels figurent le discours politique et les méthodes de communication adoptées par certains partis et candidats. Dans une déclaration à El Khabar, elle a indiqué qu’« une partie importante des acteurs politiques est tombée dans le piège du populisme au détriment d’un débat programmatique lié à la nature des élections législatives et aux missions du député ».

Tout en soulignant qu’il est encore difficile d’établir une évaluation globale de la campagne à ce stade, puisqu’elle n’en est qu’à ses débuts, la chercheuse a relevé plusieurs phénomènes qui méritent réflexion. Elle a ajouté que l’observation sur le terrain a montré un retard dans l’entrée en campagne de nombreux candidats et partis, lesquels mènent essentiellement leur campagne à distance, via les réseaux sociaux, avec une présence limitée des affiches de propagande. Selon elle, « le débat public n’a pas encore réellement gagné la rue et n’a pas atteint le niveau des enjeux liés à l’élection des membres de l’Assemblée populaire nationale ».

La chercheuse a également constaté la prédominance des généralités et des slogans vagues dans le discours électoral, alors que font défaut des programmes précis et des objectifs clairs permettant à l’électeur de comprendre les propositions avancées concernant les questions économiques, sociales et politiques sensibles.

Thouraya Tidjani attribue cette situation au manque de préparation en amont de l’échéance électorale au sein des partis politiques. Elle souligne que « la préparation des candidats devrait s’inscrire dans un travail politique continu entre deux mandats, afin de former les compétences et de les préparer à assumer des responsabilités ». Elle estime également que le grand nombre de dossiers et de listes ayant fait l’objet de réserves ou d’exclusions reflète des dysfonctionnements à plusieurs niveaux et soulève des interrogations quant aux critères retenus par les partis dans le choix de leurs candidats et à la place accordée à la compétence et à l’expérience.

La chercheuse a, par ailleurs, mis en garde contre les effets négatifs de l’image stéréotypée qui réduit la candidature au Parlement à un simple moyen d’ascension sociale. Selon elle, cette perception porte atteinte à l’image de l’institution législative et affaiblit la confiance des citoyens à son égard, d’autant plus que certains candidats adoptent des slogans davantage destinés à séduire les électeurs qu’à expliquer la nature des missions législatives et de contrôle dévolues au député.

Elle a également critiqué le recours de certains candidats à la langue dialectale dans leur communication avec les électeurs. Si elle considère que la simplification du discours est légitime, elle insiste sur le fait qu’elle ne doit pas se faire au détriment du contenu du message politique ni du débat sérieux autour des programmes et des idées. Elle a toutefois exprimé des réserves quant au niveau de représentation des élites et des compétences au sein des listes actuelles, estimant que le Parlement a besoin de profils capables de rédiger des textes de loi et de débattre des grandes questions nationales.

La chercheuse a néanmoins reconnu l’existence d’aspects positifs liés aux mesures préventives prises par l’Autorité nationale indépendante des élections, notamment à travers le rejet de milliers de dossiers de candidature ne répondant pas aux conditions légales. Elle considère cette démarche comme une étape nécessaire pour renforcer la crédibilité du processus électoral et améliorer la qualité de la future représentation parlementaire.

Enfin, elle a insisté sur l’importance d’intensifier les efforts pour mobiliser les électeurs et renforcer la participation populaire durant le reste de la campagne électorale, à travers un discours davantage en phase avec les préoccupations quotidiennes des citoyens. Elle a affirmé que la reconquête de la confiance du corps électoral ne passe pas par des promesses excessives difficiles à concrétiser, mais par la présentation d’engagements réalistes et réalisables dans les domaines du pouvoir d’achat, du logement, du développement local et des services publics, tout en expliquant clairement les limites des prérogatives du député et les mécanismes dont il dispose pour intervenir dans le traitement des problèmes soulevés.