La librairie L’Arbre à dires, située à Sidi Yahia, a accueilli samedi soir une rencontre littéraire réunissant l’écrivaine Inam Bioud et un large public composé d’intellectuels, de lecteurs et d’amateurs de littérature. Organisé à l’occasion de la présentation et de la séance de dédicace de la version française du roman « Houaria », l’événement a connu une forte affluence dépassant la capacité de la salle.
Cette rencontre s’est transformée en un espace d’échange autour d’une œuvre qui continue de soulever de profondes questions sur la mémoire collective, la violence et les mutations de la société algérienne, à travers une approche littéraire couvrant la période précédant et suivant la décennie noire.
Le récit s’articule autour du personnage de Houaria, qui se réveille d’un coma dans un hôpital psychiatrique d’Oran, ayant perdu une partie de sa mémoire. Commence alors pour elle une quête de reconstruction de soi dans un environnement social troublé. Grâce à une narration polyphonique, le roman restitue les détails du quotidien durant cette période marquée par la peur, la violence et les destins croisés de personnages vivant à la marge d’une ville meurtrie et désorientée.
L’œuvre ne cherche pas tant à documenter les événements des années 1990 qu’à mettre en lumière leurs profondes répercussions psychologiques et humaines, où la violence devient une expérience intérieure qui marque à la fois la mémoire et le corps.
Née à Damas d’une mère syrienne et d’un père algérien, Inam Bioud est universitaire, poétesse, traductrice et artiste plasticienne. Elle a longtemps enseigné la traduction dans les universités algériennes et signé plusieurs ouvrages intellectuels et littéraires, parmi lesquels « La traduction littéraire : problèmes et solutions », le recueil poétique « Lettres jamais envoyées » ainsi que le roman « Le poisson s’en moque », récompensé par le prix Malek Haddad en 2023.
En 2024, elle a remporté le Grand Prix Assia Djebar grâce à « Houaria », avant d’être sélectionnée dans la liste longue du Prix international de la fiction arabe (Booker arabe) 2025, confirmant ainsi sa place grandissante dans le paysage littéraire. Elle se distingue également par sa présence institutionnelle à travers sa participation à plusieurs instances consultatives et projets culturels, ainsi que par la direction de l’Institut supérieur arabe de traduction en Algérie, relevant de la Ligue arabe.
La version française du roman, traduite par le poète et traducteur Lotfi Nia, a constitué l’un des principaux axes de la rencontre. Cette traduction marque une nouvelle étape dans le parcours de l’œuvre et élargit son lectorat, notamment après les débats suscités par sa version originale en arabe.
Les échanges entre l’écrivaine et le public ont porté sur la mémoire, la violence et les formes d’écriture, illustrant non seulement le succès du roman, mais aussi le besoin persistant de rouvrir des dossiers que beaucoup considèrent encore inachevés.
À une époque où de nombreux récits tendent à adoucir la mémoire collective et à l’enfermer dans des représentations confortables, « Houaria » emprunte une voie opposée : celle de la mise à nu du passé plutôt que de sa réconciliation.
C’est sans doute ce qui explique l’ampleur des débats qu’il suscite : le roman n’offre pas de réponses toutes faites, mais place le lecteur face à des interrogations ouvertes. Car le véritable enjeu de cette œuvre ne réside pas uniquement dans sa réussite littéraire ou ses distinctions, mais dans sa capacité à bousculer les certitudes établies et à rappeler que tout ce qui n’est pas écrit avec sincérité demeure hors de la mémoire… et hors de l’Histoire.
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